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Algérie et printemps arabe : histoire d’un acte manqué (1/2)

Les deux parties de l’article Algérie et printemps arabe : histoire d’un acte manqué , sont le fruit d’une réflexion-dialogue de/entre Laure Gadrat et Omar Slami.


1. Pourquoi l’Algérie ne connaît pas le printemps arabe ?

Les aspirations communes du peuple arabe à l’établissement de la démocratie et à une vie meilleure n’ont pu être partagées de tous. Pourquoi l’Algérie n’a-t-elle  pas profité de l’effet domino, si tant est qu’il existe ?

Pour répondre à cette question, il faut avant toute chose remonter aux évènements d’octobre de l’année 1988 qui se sont conclus par un enlisement de vingt années de terreur, de sang et d’angoisse. Des mauvais souvenirs, dont le soulèvement du 5 octobre 88 [1] en particulier,  ont refait surface en Algérie suite aux récents évènements dans le monde arabe [2]. L’Etat de guerre civile larvé dans lequel (sur)vit le pays depuis sa libération a toujours été un frein pour le peuple à se lancer dans une nouvelle aventure révolutionnaire. La crainte d’une issu radicale fait peur et le gouvernement n’a pas trop de mal à éteindre les braises.

Malgré tout, le désespoir n’a pas touché l’ensemble de la population algérienne. La contagion commençait à prendre place petit à petit, mais fut rapidement contrecarrée par le dispositif ingénieux de répression mis en place par le pouvoir algérien. Certes, les événements tunisiens suite à la mort de Mohammed Bouazizi avaient pris de court les dirigeants arabes,  mais suite à l’amplification du mouvement, le gouvernement algérien a rapidement pensé une stratégie nouvelle.

Deux éléments importants ont permis en amont d’éviter une éventuelle contagion :

  • Un accès (très) limité à Internet
  • La fermeture du bureau d’Al Jazeera il y a plus de 10 ans.

Contrairement à l’analyse répandue en Occident, on peut attribuer un grand mérite à Facebook dans l’émancipation des peuples, mais Al-Jazeera fut un prisme important de diffusion des messages de révoltes et de pression sur les régimes arabes.

1. Le premier volet de ce plan anti-révolution fut la décision du président Bouteflika de prendre en charge la hausse des prix des produits alimentaires sous forme de subvention étatique – un « effet anesthésiant » efficace et propre à la structure économique algérienne du fait de l’importance des réserves budgétaires dues aux rentes pétrolière et gazière du pays.

2. Le second volet du plan anti-révolution se traduit par une stratégie de division sectorielle du mécontentement populaire. L’objectif sous-jacent visé par le gouvernement est de fragmenter  la révolte, technique héritée des luttes contre-insurrectionnelles élaborée par l’armée française et  transmise au cours de l’histoire… De plus, 19 ans après son instauration, la levée historique de l’état d’urgence, a eu un effet canalisateur de la révolte, rien de mieux pour contenter les esprits et satisfaire l’opposition.

3. Le troisième volet du plan fut la prévision de hausses de salaires se traduisant concrètement par des primes d’envergure pour les ménages algériens. Cette mesure visait aussi à dépoussiérer l’ANGEM [3] (Agence Nationale de Gestion du Microcrédit) et faciliter l’obtention de micro-crédit pour la création d’entreprises et ainsi, séduire la jeunesse.

4. Le dernier volet du plan fut le « coup du maître » : il s’agissait de délégitimer le CNCD (Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie), [4] noyau du soulèvement.

La CNCD a mal jugé l’impact de la présence de personnages politiques dans ses rangs. La présence de représentants tels que Said Saadi et Ali Ben Hadj dans la marche de protestation, ce qui a fait planer la théorie d’un complot politique dans les rues d’Alger.

Said Saadi est député de la ville d’Alger et appartient à la génération nouvelle des politiciens qui nourrissent des ambitions nationales. Il est actuellement Président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD).

Ali Ben Hadj est lui le vice-président du Front Islamique du Salut (FIS), formation politique algérienne militant pour la création d’un État islamique. La formation a été dissoute en mars 1992 par le tribunal administratif d’Alger mais Ben Hadj est toujours perçu comme le premier responsable du terrorisme en Algérie.

La rumeur de la présence des deux hommes a permis au Président Bouteflika, de nuire à l’image du CNCD. Pour finir, il faut noter que la création précoce du CNCD porta préjudice à la montée en puissance de la révolte, car bien qu’un simple mouvement sans étiquette politique, l’ennemi du système était visible, donc plus facile à combattre.

 

2. En matière de liberté d’expression, quelle est la situation en Algérie ?

Avec la nomination du célèbre avocat Farouk Ksentini en qualité de Président de la CNCPPDH (Commission Nationale Consultative Pour la Protection et la Promotion des Droits de l’Homme), le Président Bouteflika voulait s’offrir le silence des journalistes et associations engagées politiquement. Sous la tutelle présidentielle, cet organisme a pour  principale mission de veiller à la bonne application de l’arsenal juridique visant à la promotion des droits de l’homme et des libertés individuelles. Toutefois, de nombreuses voix se lèvent pour dénoncer le manque de ressources humaines et financières affectées à la structure.

De nombreux journalistes qualifient cet outil d’instrument présidentiel visant à ressortir les éléments douteux concernant des personnalités militaires influentes, dans le but de conforter leurs positions, sans avoir recours à l’intervention de l’armée. D’autre part, Bouteflika peut aussi acquérir une légitimité internationale par le biais de la création du CNCPPDH.

Concernant le traitement donné à la presse algérienne, le Ministre de la communication algérien s’est exprimé en rappelant : « L’Etat empêchera la parution des journaux qui incitent à la violence entre Algériens” Cette phrase résume à elle seule la situation de la presse en Algérie, sous les bannières des intérêts suprêmes de l’Etat et de l’ordre public. Les journalistes défilent aux postes de police suite à des analyses potentiellement critiques et pertinentes. Ils s’offrent une liberté surveillée mais aussi, une mort prématurée à leurs carrières de journalistes, sans parler des harcèlements dont ils sont quotidiennement victimes.

Au lendemain du discours du Président Bouteflika le 15 avril dernier, la presse titrait  entres autres « Un coup d’épée dans l’eau » et «  Un grand désaveu pour Abdelaziz Bouteflika ». Malgré les pressions, la presse s’est ainsi permis de dénoncer ce qu’elle à appeler un discours « d’autosatisfaction et d’effets d’annonce » en rien à la hauteur des promesses et des enjeux. La presse algérienne a ainsi pu saisir le vent du changement dans le monde arabe pour prendre certaines libertés. L’avenir et les prises de positions futures du gouvernement nous diront si on doit croire à un véritable changement ou non.

 

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[1] Le bilan officiel donne 169 morts alors que d’autres sources indiquent 500.

[2] Ce qu’on a appelé les événements du 5 Octobre ou les événements d’Octobre surviennent après une série d’explosions successives : Tizi Ouzou (Printemps berbère de 1980)- Oran (1984) – Constantine Sétif (1986) – La grève de Rouïba (septembre – octobre 1988).

[3] Établie en 2002, l’ANGEM vise à favoriser l’auto – emploi, le travail à domicile et les activités artisanales.

[4] La Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) est un mouvement d’opposition algérien créé dans la foulée des émeutes qui ont secoué le pays durant le mois de janvier 2011 qui ont fait 5 morts et quelque 800 blessés.

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2 réponses à Algérie et printemps arabe : histoire d’un acte manqué (1/2)

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  2. HARBA dit :

    Aucune mention de la CORRUPTION GÉNÉRALISÉE qui sévit dans ce pays. Les gros captent la rente pétrole + gaz…et laissent le commerce informel aux petits : tout le monde est content. Sauf que cette économie de la débrouille délite le pays dont les infrastructures sont CATASTROPHIQUES quand elle existent….

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