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Crises de la dette : la fin d’une idéologie?

Au moment où la dégradation de la notation américaine secouait les marchés internationaux avec des résultats rarement prévisibles (c’est le moins que l’on puisse dire), comme décrit par Adrien Gévaudan dans la rubrique Géoéconomie, une seule chose paraît claire aujourd’hui : l’hégémonie occidentale, omniprésente au niveau mondial depuis 150 ans, a subi des dommages irréparables. Depuis la chute impromptue de l’URSS, l’alliance capitaliste avait emporté la mise. « La fin de l’Histoire » était advenue (certains appelaient même de leurs vœux « la fin des Temps »), et la suprématie du modèle-idéal nord-américain régnait sur la planète. Le style de vie new-yorkais, les films hollywoodiens, the american way of life, le free world avec sa liberté et sa consommation, sa sur-sexualisation et ses individus individualisés, étaient enfin libres de s’imposer partout. Ceux qui ne se sont pas pliés à ce système, comme certaines groupuscules musulmanes, semblaient être d’un autre monde, ancien, archaïque, dépassé.

La modernité, c’était nous.

L’implosion de cet ubris occidentalo-occidental, nous sommes peut-être en train de la vivre actuellement ; pour des raisons particulières, comme ce modèle économique chaotique et cahotique, basé sur des phases d’expansion très fortes suivies d’implosion de bulles immenses, modèle économique qui a fait croire aux Occidentaux qu’ils étaient, effectivement et pour longtemps, très riches, nonobstant la délocalisation du travail et du capital vers l’Asie et les pays de l’OPEP.

Mais le transfert de puissance vers l’Asie n’est pas qu’économique ; il est aussi politique. En effet, la remise en question de l’hégémonie américaine implique également la remise en perspective du système démocratique. Bien que la corrélation entre réussite économique et organisation démocratique était l’un des piliers du dogme occidental depuis 45 ans (et presque du monde entier depuis la chute du mur), elle ne semble plus valable : non seulement la Chine connaît une réussite économique extraordinaire tout en bafouant les droits de l’Homme et la participation de ses citoyens au processus de décision politique, mais les occidentaux ne paraissent même plus avoir conscience de la portée de leurs actes.

Les Etats-Unis se sont ridiculisés devant le monde entier lorsque les partis politiques ont préféré mener un combat préélectoral plutôt que reconnaître la gravité de la situation économique et trouver un accord crédible sur le relèvement du plafond de la dette. L’abaissement de la notation des Etats-Unis par S&P, facture logique d’un comportement stupide, achevait de décrédibiliser ce système financier européo-américain en faisant montre d’une sophistique du jugement manifeste (erreur de calcul, changement de paradigme, action procyclique).

En Europe, la situation se présente encore plus confuse : une cacophonie entre chefs d’état, représentants de l’UE et de la BCE, accompagne chaque mesure prise pour calmer les marchés et se mettre à l’abri des spéculateurs. La crise a montré à quel degré le cercle interne des démocraties est gangrené par l’irrationalité : leaders contestables et de plus en plus contestés, qui continuent à faire confiance à la création monétaire, sauvant des institutions financières au détriment des protections sociales ; gouvernants qui souffrent de plus en plus de l’incompréhension qu’ils suscitent et de la perte de légitimité citoyenne qui s’en suit ; gouvernements incapables de donner une réponse structurelle à des enjeux structurels ; hommes politiques concentrés sur les élections à venir et la quête du pouvoir au détriment de l’unité (supra-)nationale.

Mais rien d’anormal à cet échec : la démocratie est basée sur la discussion et la répartition du pouvoir entre plusieurs mains, qui sont forcées de trouver des compromis. Aujourd’hui, nous voyons la vulnérabilité de la démocratie face à l’urgence des enjeux auxquels elle est confrontée. Dans plusieurs pays, des élections auront lieu en 2012 (France et Etats-Unis pour ne citer qu’eux). Le président espagnol vient d’annoncer que le passage aux urnes aurait lieu six mois plus tôt que prévu, et une débâcle pour le parti au pouvoir s’annonce. En Allemagne, le gouvernement est pratiquement incapable d’agir en raison du chaos du parti libéral. Il est difficile de croire que ces gouvernements vont réussir à imposer un plan d’austérité aux électeurs ou oser fâcher les plus fortunés par de nouveaux prélèvements.

Personne ne saurait dire comment va se terminer cette crise de la dette, qui est aussi et surtout une crise idéologique. Les démagogues, déjà en place aux Etats-Unis et dans un grand nombre des pays européens, vont fêter leur grand retour. Ils prônent le nationalisme intégral (au sens barrésien du terme), avec la xénophobie et le simplisme qui s’en suivent. Ils jouent sur et de la peur de l’autre.

Aux Etats- Unis, ce sont les ultra-religieux qui montent en puissance. Avec la fin de l’american dream, voilà maintenant l’heure du messianisme : des candidats comme Rick Perry, gouverneur du Texas, habile à électrifier les masses avec ses prières chrétiennes, ont de fortes chances de défier Barack Obama l’année prochaine. En Europe, le ton devient de plus en plus nationaliste, pas seulement dans les pays ayant coutumiers de ce type de discours comme la France et les Pays-Bas, mais aussi, et c’est un fait nouveau, dans les pays historiquement modérés de la Scandinavie.

Par conséquent, le rayonnement de la démocratie, au sens McDo’ du terme, va en prendre un coup ; c’est déjà le cas. Aux modèles économiques axiologiquement souples des pays d’Asie se conjugue désormais une manifestation permanente de l’incapacité occidentale à gérer l’urgence. « La démocratie est le pire système, à l’exception de tous les autres », disait Churchill ; nous n’aurions pas du oublier cela, de travailler à l’amélioration de nos systèmes politiques démocratiques. Peut-être est-il temps de cesser de voir nos sociétés démocratiques actuelles comme des modèles finis (et parfois même des produits à exporter) et inaugurer un véritable débat politique autour des problèmes que nous posent la crise économique.

Le monde financier est interconnecté, instantané ; mais notre monde politique est actuellement incapable de gérer les conséquences de cette instantanéité. Il temporise, demande des délais, affirme que tout se met en place petit à petit. Mais, qu’on le regrette, l’assume ou le loue, le fait que les marchés ne concèdent plus de temps au(x) politique(s).

Pour toutes ces raisons, il serait faux de se convaincre que les crises de la dette ne sont qu’économiques ; elles sont tout autant politiques, et marquent les limites d’une idéologie occidentale dont nous avons oublié l’imperfection.

 

L’Histoire n’a pas connu sa fin ; au contraire de notre modernité orgueilleuse et auto-centrée.

 

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11 réponses à Crises de la dette : la fin d’une idéologie?

  1. sam dit :

    La crise de la dette ne pourrait elle pas être une sorte d’électrochoc?
    Beaucoup de personnes croient que nous allons dans le mur.
    Moi, je commence à me poser la question suivante : Est ce que les choses ne commencent pas à bouger au niveau européen? Peut on imaginer que cette crise soit l’expression du besoin d’une véritable gouvernance européenne? J’imagine que les politiques commencent à se résigner à cette idée (cf: discours de Nicolas Sarkozy du 16/08/2011).

    • Les plus optimistes regardent en effet l’histoire européenne, et se disent que les crises ont toujours fait avancer l’Europe. C’est un point de vue, et il est plus ici question de croyance que d’argumentation. Personnellement je me souviens de la CED et du TCE, et je me garderai bien de tout optimisme. Mais, bien sûr, la possibilité existe pour que l’UE sorte grandie de cette histoire.

    • Jakob Hoeber dit :

      La crise pourrait, selon moi, avoir un tel effet. Mais n’oublions pas que les changements au sein des grandes entités comme des pays ou l’UE prennent beaucoup de temps; infiniment même comparé à la vitesse des marchés. Et ce ne sont pas les politiciens qui sont arrivés au pouvoir pendant le temps d’avant- crise (ni les chefs des partis politiques d’opposition) qui vont, comme frappé par un éclair, changer le fonctionnement du système. Je parle surtout de l’absence totale des valeurs, et les adminsitrateurs qui forment le gouvernement: j’avoue qu’aujourd’hui, la marge de manoeuvre des politiques est plus restreinte qu’auparavant: encore une raison pourquoi la politique a besoin des personalites fortes qui véhiculent une Weltanschauung.

  2. Alexs dit :

    Mon dieu, sacré tissu de conneries. On dirait que vous essayez de copier le monde diplomatique mais vous ne semblez pas vous-même comprendre de quoi vous parler. Cessez donc de sortir des références culturelles que vous semblez vous forcer à incruster dans un pavé indigeste au style suranné et sans réelle idée.

  3. Sympathique de lire des commentaires énervés, pour une fois. Mais comme il aurait été plus intéressant de développer un peu vos critiques, cher Alexs, car ça n’a jamais été en disant « c’est de la merde » qu’on a justifié une critique. Et ne venez pas dire que vous n’avez aps le temps pour cela ; vous avez bien pris 30s pour écrire un commentaire..!

    Références culturelles? Il me semble que Jakob Hoeber ne cherche pas à les « comprendre », simplement à le sutiliser comme illustration de l’influence de la culture occidentale dans les modes de représentation.

    Pavé indigeste au style suranné? Peut-être, après tout c’est votre opinion. Nous avons au contraire reçu des compliments vis à vis de ce « style suranné ». Mais peu importe, personne ne vous oblige à nous lire.

    Sans réelle idée? Il me semble qu’aller à contre-courant des avis médiatiques faisant du pouvoir politique le dindon de la farce durant la crise de la dette, est déjà une idée. Relancer un débat sur les dysfonctionnements de la démocratie, son inadéquation avec l’instantanéité des marchés, tout en critiquant la vision déformée et parfaite que els citoyens européens s’en font, cela me semble être une autre idée « réelle ».

  4. Ping : Un monde en crise | Blog | Crises de la dette : la fin d’une idéologie?

  5. Alexs dit :

    C’était certes très brusque mais bon, il faut bien critiquer, la complaisance est le refuge de l’aveugle aigri. Si je disais cela, c’est parce qu’avec un tel titre on s’attend à autre chose. Sinon, bravo pour l’interprétation que vous juger à « contre-courant ». Malheureusement il semble que vous vous noyez dans une mare(vous découvrez que les médias de masse sont, par définition, de masse ?) mais se comparer à ce que lit la grande masse ignorante ce n’est pas la panacée pour qui se prétend « intelligents ».

    On a l’impression de lire une disserte type 3A Scpo, ce que je vous soupçonne fortement d’être, avec un style plus littérraire et sans les titres/sous-titres. C’est déprimant pour de l’ »intelligence stratégique ». Donc oui, ça m’a énervé de voir des inepties avec un nom de site prétentieux alors qu’il ne s’agit que de vulgarisation, et là c’est el troll. Mais bon quand on voit les articles d’analyse économique du monde, on se rend bien compte qu’il faut s’abaisser à un très bas niveau si on veut capter l’audience.

    Quant aux références, je conteste pas le fait qu’elles soient comprises. Juste qu’elles ne sont pas les plus adéquates.

    Mais bon au final, vous ne répondriez pas à cela si cela ne vous piquait pas un peu.

    • Jakob Hoeber dit :

      Je pense de parler au nom de tous les auteurs de ce site quand je dis que les critiques soient toujours le bienvenu, prévu qu’elles soient dignes de ce nom. Au final, les critiques sont là pour mettre en question les auteurs et les idées, d’apporter un nouveau point de vue. C’est d’ailleurs l’ambition même de ce site: un lieu d’échange pour les idées!

      En ce qui concerne la qualité, je préfère largement d’écrire des articles type 3A Scpo que de laisser des commentaires digne d’un adolescent fâché contre le monde, et qui réfuse tout sans proposer mieux….

    • Oh, je rejoins mon ami Jakob. Vous remarquerez que nous répondons à tous les commentaires, pas à ceux « qui nous piquent ». D’ailleurs, le vôtre n’est en rien « piquant », il est simplement non-argumenté. Et je note qu’après un second commentaire, vous n’expliquez toujours pas pourquoi vous désapprouvez cet article.

      Pour en finir avec les trivialités : Jakob Hoeber n’a pas fait Sciences Po. Si vous aviez consulté la page Auteurs, vous auriez pu vous en rendre compte. Dans l’équipe d’IntStrat, je suis le seul à avoir fait un IEP. Et si vous réussissez à trouver 2 parties 2 sous-parties à mes articles, c’est que vous êtes très fort (ou de mauvaise foi)!

      « il faut bien critiquer » : je suis absolument d’accord! Et je me réserve le droit de critiquer votre critique..!

      « avec un tel titre on s’attend à autre chose » : j’ai envie de dire : à quoi? Enoncez clairement ce que vous auriez aimé lire, et peut-être que Jakob pourra y réagir. Mais dire « je m’attendais à autre chose » ne mène à rien, puisqu’on ne sait pas à quoi vous vous attendiez. Et j’ajouterai que nous ne sommes pas responsables de vos attentes.

      « vous découvrez que les médias de masse sont, par définition, de masse? » : où avez-vous lu cela? Rien de cet article ne fait référence aux médias, encore moins de masse. C’est plutôt dans mes articles que j’égratigne le rôle des médias dans la transmission de l’information économique, non pas pour une raison politique ou sociologique, mais parce que cette transmission joue un rôle procyclique. Rien à voir avec votre remarque, que je trouve donc parfaitement déconnectée de tout ce qui a été écrit.

      « se comparer à la masse ignorante n’est pas la panacée pour qui se prétend intelligent » : une phrase qui se veut joliment tournée mais qui ne dit rien. Déjà, nous ne nous comparons pas. Vous demandez ce que cette analyse a d’original, quelles en sont les idées réelles, et nous vous avons répondu. Et maintenant vous détournez cette réponse en partant du principe que parce qu’on se veut différent, on se croit supérieurs?! Ce rapprochement en dit beaucoup plus sur vous que sur nous, je le crains. Nous n’avons d’autre ambition que de ne pas nous croire objectifs, et de présenter des pistes de réflexion critiques. Bien évidemment ces dernières sont librement criticables, et sachez que si nous sommes un agrégat d’amis, nous ne sommes pas pour autant d’accord sur tout (loin de là).

      « inepties » : lesquelles? Vous dénoncez, sans jamais argumenter! Si un point du raisonnement de Jakob vous dérange, dites pourquoi, au lieu de dire « c’est une ineptie »!

      « nom de site prétentieux » : je dirais plutôt généraliste. Cela nous permet de traiter beaucoup de thématiques différentes, et nous confère ainsi une certaine liberté.

      « [les références] ne sont pas les plus adéquates » : encore une fois, pourquoi? Vous n’êtes décidément pas dans la critique, mais dans le jugement non argumenté. C’est dommage, car je sais que Jakob ne demande qu’à vous répondre.

  6. Ping : Crise de confiance et crise de liquidité | Intelligence Stratégique

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