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Cyber-géopolitique : un nécessaire changement de perspective

Il y a quelques temps, j’ai été chargé de relire un dossier traitant de la géopolitique du cyber-espace. Un bon gros pavé, 200 pages, texte synthétique et précis, ton professionnel, style lapidaire et épuré.

Excellent.

Le dossier était consacré aux cyber-forces dont il était nécessaire de tenir compte.

Formidable.

De mémoire, il devait avoir une dizaine de chapitres ; un par pays.

Aïe.

Et oui, le dossier était structuré… par pays! Son postulat de départ était donc que les seules forces dont il fallait considérer la puissance au niveau cyber étaient nécessairement des États. Le rapport s’inscrivait ainsi dans une approche des relations internationales que l’on nomme réaliste. En gros, cela signifie que les seuls acteurs déterminants au niveau international sont les Etats et/ou les organismes internationaux.

Les individus? Que peuvent-ils donc faire, isolés et impuissants pantins? Quantité négligeable.

Sauf qu’aujourd’hui, un individu peut faire beaucoup de dégâts ; il suffit qu’il soit doué, patient, méthodique. Il n’a même pas besoin d’être génial ; seule compte son ingéniosité, et sa volonté de nuire.

Revenons au rapport, et au réalisme ayant conditionné sa réalisation. Plus que les individus, cette approche n’accorde aucune importance aux groupes d’individus.

Anonymous? Quelle importance, ce ne sont que quelques gamins faisant mumuse avec des attaques DDoS ; quels dommages peuvent-ils commettre?

LulzSec? Pff, peut-être sont-ils un peu plus doués que les Anonymous, mais ils n’ont aucune idéologie sous-tendant leurs actions. Qu’ils s’amusent donc, ils ne pourront jamais être aussi dangereux qu’un État.

On va dire que j’en rajoute une couche, mais il est évident que les évènements de l’année 2011 ont donné raison à ceux qui pensent que le cyberespace ne peut, en aucun cas, être considéré comme le prolongement d’un espace traditionnel (terre, mer, air, espace), ni même comme un nouvel espace classique. Les règles qui y règnent sont radicalement différentes.

Même le concept de conflit asymétrique perd son sens dans la géopolitique du cyberespace. Peut-on parler de « forts » ou de « faibles »? Certes, certaines institutions disposent des avantages propres à leur statut (financement, classification, R&D, etc.), mais cela signifie-t-il qu’un « faible » ne pourra jamais causer à ce « fort » des dommages irréparables? Et l’on ne parle pas ici de 3000 morts (tragédie sur le plan humain, certes, mais ne remettant aucunement en question l’existence du groupe si l’on rapporte ce chiffre à une population telle que celle des États-Unis), mais bien de vol de données ou encore de destruction totale.

Quand le faible dispose de la capacité d’annihiler le fort, de la même façon que le fort peut annihiler le faible, existe-t-il un intérêt à raisonner en ces termes?

Mais qu’on ne s’y trompe pas : beaucoup de pays ont compris cela. L’actualité le démontre tous les jours.

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