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Cyberguerre : entre idéologie, pragmatisme et dogmatisme

Le 14 décembre 2010, à l’espace Kiron, dans le 11ème arrondissement de Paris, s’est tenue une conférence sur le thème de la cyberguerre. Organisée par l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) et animée par 4 intervenants (François Chauvancy, officier projets au CICDE, Eric Filiol, expert militaire en sécurité informatique et Directeur de recherche à l’ESIEA, Daniel Ventre, ingénieur au CNRS et chargé de cours à Télécom ParisTech, et François-Bernard Huyghe, chercheur à l’IRIS et responsable de l’Observatoire Géostratégique de l’information) cette conférence fut l’occasion d’aborder de nombreuses problématiques.

Si les aspects économiques ont été assez peu évoqués, nous nous intéresserons principalement à l’ouverture du débat sur l’idéologie.

Sur le plan technique, les « hacktivistes » ne sont pas plus doués que leurs camarades moins militants. S’il peut leur arriver de faire preuve d’une réelle originalité d’approche dans la résolution de certains problèmes (sans doute corrélée à cette ferveur caractéristique de l’engagement idéologique), il serait prématuré de conclure à la supériorité technique du politique sur l’apolitique.

La compétence n’est pas corrélée à la cause ; les moyens sont rarement proportionnels aux fins.

C’est à ce sujet que la conférence prend, à mon sens, la tournure la plus intéressante ; la thèse sous-jacente à l’intervention de quelques intervenants est la suivante : la technique importe peu, seul l’objectif est digne d’intérêt.

Mais les intervenants ne semblent pas d’accord. Les discours se succèdent, et révèlent les positions, idéologiques justement, de chacun des invités. Au Va-t-en-guerre de l’extrême-droite s’oppose la nouvelle vague de l’extrême-gauche.

Pour François Chauvancy, c’est clair : la France est en guerre. Cette position est la conséquence de sa vision classique du cyberespace, prolongement des autres champs de batailles historiques (terre, mer, air, espace). « La France doit gagner cette guerre », affirme-t-il. Il ne saurait en être autrement. Il en va de sa survie de « grande puissance ».

Daniel Ventre détonne au sein des intervenants. Déjà, c’est le plus jeune. Son discours et ses prises de position démontrent d’un sens aigu du pragmatisme ainsi que d’une conscience évidente de la nécessaire évolution que doit connaître la France dans son rapport à l’Internet en tant qu’instrument géopolitique de puissance.

Selon François Chauvancy, la conception française du cyberespace a certes accumulé un certain retard par rapport à d’autres pays, mais ce retard est en train d’être rattrapé. Daniel Ventre ne conteste pas ; mais n’approuve pas non plus.

Mais une guerre ne se décrète pas. Les chances de remporter un conflit n’augmentent pas si l’on confond bataille rangée et guérilla. Le décalage générationnel qui existe entre certaines élites et les positions idéologiques de jeunes Etats-Nations est peut-être en passe d’être comblé par la France ; mais il reste à espérer (et agir) pour que le pragmatisme remplace le dogmatisme sclérosé.

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2 réponses à Cyberguerre : entre idéologie, pragmatisme et dogmatisme

  1. Rampon dit :

    Bonsoir
    j’ai dû mal à comprendre votre approche plutôt lapidaire. vous annoncez quatre intervenants et présentez très succinctement deux d’entre eux. Les autres n’ont rien dit d’intéressant (?). Vous semblez opposer deux visions, l’une « dogmatique » (Chauvancy) l’autre « pragmatique » (Ventre). De quoi a-t-il parlé pour être « pragmatique »? Autant le lecteur peut comprendre ce que disait Chauvancy, autant Ventre on ne sait pas;
    vous opposez aussi un « extrême droite » a priori selon votre écrit l’officier, l’autre l’extrême gauche, Ventre (?).
    pourriez-vous m’éclairer sur votre analyse de cette conférence?

  2. Adrien Gévaudan dit :

    Mes excuses, j’aurais sans doute du mieux expliquer le pourquoi de cette petite note. Ce qui m’a paru original dans cette conférence, c’est la question de l’idéologie. Alors que la tyrannie du fait médiatique taille la part du lion à la technique, certaines personnes ont pensé approcher les cyber-conflits au travers de l’intention militante. Je n’avais pas pour objectif d’effectuer un compte rendu de cette conférence, simplement d’en noter un élément singulier.

    D’où le fait que je me contente de mentionner les deux autres intervenants. Ce n’est pas que ce qu’ils ont dit n’a pas été intéressant, c’est que cela ne m’a pas intéressé. Je connaissais déjà le point de vue d’Eric Filliol, et François-Bernard Huyghe n’a, malheureusement, que joué le rôle d’arbitre au cours de cette conférence.

    En revanche vous avez parfaitement raison, je n’ai pas assez précisé l’intérêt de l’intervention de Daniel Ventre à mes yeux. En fait, ce sont surtout ses réponses à quelques questions que j’ai trouvées intéressantes. SOn intervention principale concernait un conlit interne à la Chine et la façon dont celle-ci l’avait, archaïquement, réglé. Par la suite, il a semblé dire que la France avait commis une erreur en ne pratiquant pas le même type de politique que dans d’autres pays, comme la Chine ou les Etats-Unis, à savoir instrumentaliser l’idéologie militante minoritaire pour la mettre au service de l’Etat. J’éditerai ma note un peu plus tard en ce sens.

    Quant à la phrase évoquant le « va-t-en guerre d’extrême-droite », il s’agissait d’une référence au positionnement des acteurs autour du pupître, en aucun cas à l’appartenance probable des deux extrêmités mentionnées. J’avoue avoir également un peu joué avec le lieu commun du militaire réactionnaire pour servir mon propos ; sans pour autant penser à mal. ;)

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