Gouvernement islamiste, Printemps arabe, Crise éco – les enjeux du Maroc en 2012
Cet article a paru pour la première fois dans la publication économique de la CCI Allemande au Maroc du Janvier 2012
2011, une année mouvementée, s’est terminée pour le Maroc : la tempête du Printemps Arabe qui a secoué une grande partie de l’Afrique du Nord et du Proche Orient, a généralement épargné le Royaume. Néanmoins, ses secousses se sont fait sentir : Mouvement du 20 février, élections anticipées, changement de la Constitution. S’y ajoutent crise de confiance dans la zone Euro, changement accéléré des centres économiques et politiques du monde, contestation des systèmes politiques un peu partout et les incertitudes qui découlent de cette situation. Le Royaume a su répondre à ces grands enjeux avec une habilité surprenante.
Quid du Maroc en 2012 ? Les enjeux qui se dessinent à l’horizon ne semblent pas moins difficiles, et potentiellement dangereux pour le nouveau gouvernement d’Abdelillah Benkirane.
La question de l’énergie tout en haut de l’agenda
Premier enjeu à résoudre : comment faire croitre l’économie sans augmenter la demande énergétique. Le bilan commercial étant déjà dans le rouge, chaque centime de dollar que le baril prend sur le marché international fait perdre des devises au Maroc (pour les importations) et à l’Etat (pour les subventions). Situation paradoxale alors : si le Maroc a désespérément besoin d’une reprise économique en Europe, celle-ci ferait augmenter en flèche le prix des matières premières : jusqu’à 200 dollars d’ici quelques années, si on veut croire les prédictions de la International Energy Agency.
Le pire scénario serait bien entendu une reprise de l’économie mondiale en Asie et aux USA et une stagnation en Europe. Cela voudrait dire des matières premières plus chères et croissance walou. Or, le programme de l’efficacité énergétique et de l’expansion des énergies renouvelables connaît une avancée lentes mais stable – et avec DESERTEC et d’autres grands projets, 2012 s’annonce même comme étant une bonne année. Mais malheureusement, on déplore le manque d’engagement du gouvernement dans des programmes de sensibilisation et sa satisfaction quant à son approche top- down. Ainsi, beaucoup de potentiel est littéralement gaspillé.
Consolidation des finances ?
De même, pour les finances internes, qui pourraient connaître, selon le FMI et les agences de notation, certaines difficultés de financement, quoique la perspective soit considérée comme stable. Comment financer alors les promesses du PJD d’augmenter le SMIC à 3.000 Dh (270 €), d’améliorer le service de santé et d’augmenter le taux d’alphabétisation? Il est vrai que certains secteurs connaissent un véritable boom pour cause d’instabilité en Tunisie et en Egypte et que les investisseurs délocalisent leurs capitaux, de même que les touristes préfèrent passer leurs vacances ailleurs par peur des mouvements sociaux. Il est vrai que la vie n’est pas rose en Europe, surtout en Espagne et en France, sources vitales des devises grâce aux versements des MRE.
La politique étrangère
Les plus grands succès du Maroc de l’année dernière étaient sur la scène internationale : de stabilité au milieu des bouleversements arabes, rapprochement avec l’Algérie, et surtout un siège au respectable Conseil de Sécurité. Mais ce dernier pourrait très bien se transformer en cadeau empoisonné – au plus tard au moment ou le vote sur la reconnaissance de la Palestine comme entité étatique sera sur l’agenda. Mais avec une diplomatie habile, on peut s’attendre à une grande année pour le Royaume.
Et la rue ?
Depuis l’année dernière, le facteur de la rue ne peut plus être exclu d’une analyse. Pour le gouvernement Benkirane, cela veut dire encore une fois marcher sur une corde raide : d’un côté, il va falloir satisfaire les demandes de la base islamiste du PJD de voter plus de lois qu’elle estime en conformité avec la religion; de l’autre côté, on ne veut pas fâcher les investisseurs étrangers avec une tournure trop poussée vers un Islam restrictif. Au milieu se trouve la grande masse des électeurs qui ont voté pour le parti, non pour leur conviction religieuse mais surtout car ils associaient le changement promis avec progrès, travail et services publics. Le grand enjeu pour la coalition au pouvoir sera tous les convaincre de la sincérité de ses propos. Sinon l’année 2012 pourrait s’avérer inconfortable pour le Royaume.
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