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Le décès de Kim Jong-il : un exemple de condescendance occidentale

Views : 809 | Published the 06.02.2012 par Adrien Gévaudan | 0 Comment(s) | Share on Facebook | Share on Twitter

Au delà des conséquences géopolitiques du décès du dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, et de l’intronisation de son fils Kim Jong-un comme nouveau leader, les derniers évènements de la péninsule ont été l’occasion de prouver que les occidentaux sont bel et bien des spécialistes en ethnocentrisme.

Il suffit de consulter les commentaires, réactions et autres interventions gravitant autour des images de tristesse populaire pour se rendre compte de l’ambiance café du commerce qui règne dès qu’un sujet géopolitique émerge sur la scène publique.

Face aux pleurs de Nord-coréens, à leurs crises d’hystérie ou, plus généralement, à leur détresse consécutive à la mort de Kim Jong-il, deux réactions dominent et s’opposent : « ces Nord-coréens sont ridicules » et « ils simulent, on sait bien qu’en vérité ils se réjouissent.« 

Sic.

Que l’occidental croyant pouvoir comprendre l’impact sur la construction personnelle et culturelle d’une personne d’une propagande d’Etat plurigénérationelle se détrompe : nous sommes bien trop imbibés de nos propres valeurs culturelles pour admettre qu’elles ne sont pas partagées par les autres cultures. Pire : si ces populations ne les partagent pas, elles sont ou ridicules, ou hypocrites!

Quelle suffisance!

Qui sommes-nous pour juger de l’état émotionnel d’une population à l’histoire, à la culture, aux moeurs si différentes? Sommes-nous, ne serait-ce qu’intellectuellement, capables de comprendre ce que l’imaginaire collectif d’une population peut devenir, manipulé pendant des générations? Car il n’est pas question ici d’une propagande officielle passagère, comme l’Occident a pu en faire l’expérience au cours de son histoire (nazie en Allemagne, soviétique en URSS, anticommuniste aux Etats-Unis) ; non, en Corée du Nord il est question d’une propagande étatique s’étalant sur 3 générations, et ayant donc modifié les fondements culturels mêmes d’une population.

Pourquoi sommes-nous si prompts à juger ridicules ou hypocrites les réactions des Nord-coréens, si ce n’est parce que nous ne croyons pas à la possibilité d’une tristesse réelle? Forts et fiers de notre clairvoyance autoproclamée, nous avons (pré)jugé les comportements de la population Nord-coréenne.

Essayons d’imaginer ce que peut devenir un individu à qui l’on a répété depuis sa naissance que son Cher leader est quasi-divin, le seul protecteur de la Nation, et à qui l’on a coupé tous les moyens de communication avec l’extérieur. La notion même d’extérieur doit avoir été remodelée, déformée. D’autant que cette propagande, comme nous l’avons dit, ne date pas d’hier. De par son caractère plurigénérationnel, l’ensemble des instances de socialisation a été influencé. Le père de l’individu dont nous avons parlé, n’a-t-il pas, lui aussi, été abreuvé d’une propagande similaire? Et quand la famille même n’est plus un refuge pour la transmission d’une certaine méthode d’interprétation des faits sociaux (permettant de prendre du recul, de critiquer, ou même d’éduquer de manière différente), que reste-t-il à la population à part les mensonges d’Etat?

Que savons-nous de l’état des connaissances (géo)politiques des Nord-coréens? Que savons-nous de la Corée du Nord? Rien.

Et pourtant l’opinion publique a rendu son verdict.

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