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Le vide européen

Views : 499 | Published the 26.01.2012 par Jakob Hoeber | 1 Comment(s) | Share on Facebook | Share on Twitter

Tandis que l’Europe Économique tremble encore par peur des marchés et de ses propres décideurs, l’Europe Identitaire a déjà rendu l’âme. Un Adieu à une belle idée qui était trop fragile pour les grands pies de l’économie.

On aurait pu se l’imaginer belle : une silhouette attirante de Gibraltar jusqu’à Moscou. Peut-être même au- delà car personne n’avait encore fixé ses frontières. Les différentes zones de ce corps, attendant les découvertes des étudiants Erasmus, des entreprises en conquête de marchés et de tout le monde qui s’intéressait à son voisin. Déjà, les clôtures étaient tombées ; on pouvait se rendre chez l’autre sans changer la monnaie. On parlait des langues différentes, mais on s’endentait quand même. Chose étrange pour une zone qui s’était livrée à la guerre, de plus en plus fratricide, au long de son histoire. On était empire. On était états- nation. Nous étions Union. Et maintenant ?

La guerre économique que se livre ce monde de plus en plus anarchique, la finance contre le public, les Etats- Unis contre l’Europe et l’Europe entre elle fait toujours trop de bruit et de poussières pour voir ce qui entrera dans l’Histoire comme la première victime de ce conflit : l’Europe civile, l’Europe identitaire, l’Europe commune, bref : le mythe du citoyen européen.

L’Histoire, quant à elle, saura choisit ses coupables. Comme d’habitude, elle désignera quelques individus qui auront, par leur comportement irréfléchi, égoïste ou simplement par manque de lucidité, condamné l’Union à la perdition. Puisque l’Histoire est écrite par les vainqueurs, on ne sait pas encore qui rédigera cette Histoire, mais les chances sont grandes que sa plume ne sera pas Européenne. Prenons alors le temps de rédiger cet œuvre avant que le match n’est terminé.

Y-a-t-il un responsable de l’échec européen ?

Il est clair que la construction européenne se faisait avec une grande naïveté, la même qu’on dénomme vision en cas de réussite et rêverie aveugle en cas d’échec. Aujourd’hui, la dernière version gagne bien évidemment des supporteurs, généralement connus sous le nom des « Je-l’ai-toujours-dit-et-su ». Il semble inévitable que le système de la zone Euro devait échouer avec ses régulations rudimentaires et sa fiscalité à la discrétion des gouvernements nationaux. On blâme alors les Delors, Waigels, Mitterands et Kohls pour avoir aussi mal négocié nos traités ? Ils auraient pu (et du) pousser plus loin les traités de Maastricht (et de Nice et de Lisbonne) ! Assez souvent, les personnes qui enrichissent le débat avec ces arguments « utiles » sont les mêmes qui ont refusé la Constitution, une Union économique et de toute façon tout ce qui serait une vraie dédicace (ou sacrifice) à et pour l’Europe.

Alors la prochaine génération, les Chirac et Schröder. Le premier qui aurait argumenté lors de la signature du Traité de Nice que la France n’était pas contrainte à faire plus de sacrifices car elle était puissance nucléaire. Les mêmes Français qui ont refusé la Constitution Européenne (avec les Néerlandais et les Irlandais, et à l’agrément des Allemands car la conformité de ce document avec la Loi Fondamentale allemande n’était pas assurée). Et l’Allemand Schröder qui a démantelé le système social et avec lui son propre Parti Social-démocrate pour rendre l’Allemagne plus efficient et moins chère.

Il est clair que dans cette période, les divergences intra- européennes se creusent : l’Italie sombre sous le joug autoprescrit nommé Berlusconi ; l’Espagne et l’Irlande se croient au chaud autour de leur feu de paille ; la France stagne pendant 12 ans sous le règne de Chirac ; l’Angleterre consacre ses meilleures têtes à un système financier qu’elle croit autoporteur et créant la richesse de rien ; finalement l’Allemagne qui boucle le transfert de liquidités vers les pays en périphérie européenne tout en subissant une faible performance économique – en réponse, elle baisse les salaires et coûts unitaires ce qui sera la base pour sa réussite (très probablement à court terme) d’aujourd’hui.

Et nos leaders d’aujourd’hui ?

Sarkozy, le nerveux, qui préfère sauver seul le navire qui se coule au lieu d’assumer son poste de capitaine qui dirige le bateau tout en faisant confiance à une équipe qualifiée ; Merkel, l’opportuniste, qui se tourne au même moment que la ferveur des électeurs ou des groupes d’intérêt. Ailleurs, en Europe, les mêmes têtes : bureaucrates, assoiffés du pouvoir, gueules livides…pas un très bon propice pour une de plus grandes crises économiques. Au lieu des visionnaires, une nouvelle espèce voit le jour : les dévisionnaires, les démagogues, les LePens de l’Europe qui envoutent le citoyen avec la promesse d’un paradis qu’on aurait jadis connu et embelli aujourd’hui, et qui de toute façon n’existe plus et qui n’a jamais existé de la manière qu’il nous est présenté aujourd’hui. Un véritable diabolus ex machina, appelé et alimenté par nos journaux, nos politiciens et tous ceux qui rêvent encore d’un monde simple et des solutions faciles.

Europe Civile

Il fait beau taper sur les politiques. C’est vrai : qui pourrait en vouloir les Grecs de défiler et manifester dans la rue tandis que les milliardaires se sauvent avec leur fortune ? Qui pourrait en vouloir les Espagnols à qui on a vendu du rêve et qui ahanent aujourd’hui sous les programmes d’austérité ? Qui pourrait en vouloir les Français qui se croyaient Grande Nation encore en 2003, et qui se blottissent devant le bâton du FMI et de S&P aujourd’hui ? Qui pourrait en vouloir les Allemands qui ont accepté des sacrifices matériels et idéologiques, et qui se voient traités d’impérialistes, fascistes, Nazi parce qu’ils ne veulent pas ouvrir leur bourse avec l’argent qui était, de leur et de tout point de vue, gagné péniblement ? Il est vrai que pour le Pays- Bas, la Finlande, l’Allemagne et l’Autriche, le sentiment de vouloir payer pour les corrompus (Grèce), les fainéants-gaspilleurs (Espagne), des bon–vivant-grévistes (France) est peu répandu.

La fondation économique de cette perception n’importe guère : si le citoyen européen le pense, ce phénomène sera auto-réalisateur. Ici, on revient à cette capacité humaine fondamentale qu’elle est la croyance. Il est vrai que peu ne croient encore dans une Europe unie en interne, ou seulement qu’elle pourrait se présenter parlant une seule langue sur la scène internationale. Il est vrai aussi qu’ils ont toujours été peu à croire dans une telle folie : rassembler une telle multitude de langues, d’héritages culturels et de façons de faire, vivre et se comporter. Penser qu’une solidarité pourrait se créer entre des peuples qui ne savent pas se parler. D’ailleurs, les pays qui revendiquent le plus l’aide d’un fonds européen sont ceux qui parlent les moins des langues étrangères. Ce fait déjà devrait montrer qu’il y a pas mal des choses qui vont mal en Europe

Le peu de liens qui ont été créés, ce tissue fragile ne pourrait résister le marteau économique qui est en train de s’abattre sur lui. L’Europe des Peuples pour les Peuples est malade et qu’on va l’enterrer bientôt. Pour certains, ce serait le moment d’une grande joie car finalement on pourrait fêter le retour aux états- nations bien aimés. D’autres vont prédire le retour de la guerre et lamenter l’idée perdue. Cette idée que des peuples qui se sont concurrencés, humiliés, mutilés, assassinés pourront un jour vivre ensembles et d’une façon unie et solidaire. Cette idée que si seulement un nombre (assez arbitraire) des personnes se donnerait les mêmes valeurs, on arriverait à les souder l’une contre l’autre. Cette idée qu’on peut transformer la haine en fraternité.

Cette idée est morte.

D’une, car elle s’est réalisée et par conséquence, fait son temps : les scénarios d’une guerre franco- allemande, ils font peur à personne aujourd’hui, même si certains imprudents ou ignorants se réfèrent toujours au passé et à la peur d’une « invasion » des Teutons. Aussi, on n’a pas su la ramener dans notre ère, malgré tout effort. Plus d’ennemi commun et bien défini. Plus de décision à 7,8 ou 11, mais à 27. Plus de perception claire mais un brouillard d’information et d’incertitude sur le monde. Elle était déjà un fantôme, belle et bien à la fin de ses jours.

C’est donc avec beaucoup de chagrin que j’offre à cette terre et ses mers et ses cieux l’idée qui fut l’Europe. Avec les quelques peu qui veulent encore assister à ce funèbre événement, qui ont encore une minute de réflexion (ou une Gedankenlänge Stille ou encore une gondolatnyi csend, dans ces deux langues précises et intraduisibles) dans ce monde bruyant pour commémorer et réfléchir. Sur une nouvelle vision de l’Europe et son unité.

Il y a un certain avantage qu’ont les idées par rapport aux êtres : on peut les réanimer. C’est ca qui nous donne, que nous sommes réunis aujourd’hui, c’est ca qui nous donne de l’espoir. Mais dans les yeux de chacun on lit une peur issue de la conscience. Si on laisse mourir, ici et aujourd’hui, l’idée de l’Europe, il y a une forte probabilité que pour la faire revivre, elle voudra le prix que les idées chargeaient tout au long de l’histoire : du sang. A nous de voir ce qu’il nous convient.

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