Géopolitique
Cyberdéfense
Philosophie
Politique
Géoéconomie

Économie française : reprise réelle ou double-dip?

Ces dernières semaines, on entend tout et n’importe quoi sur la croissance française. Rebond ; rechute ; « boom inespéré » ; déficit record, etc.

Si on occulte les fantaisies de François Fillon (lire l’excellent billet de Jean-François Couvrat, Galéjades de Fillon sur la croissance française), qui, au passage, décrédibilise le peu de prévisions optimistes en les exagérant, il est aisé de constater que 2,2% de croissance économique, ce n’est vraiment pas mal.

Mais, au delà des fanfaronnades ponctuelles, que peut-on réellement dire de la situation économique française?

Déjà, force est de constater qu’au niveau de l’offre, le temps n’est pas au beau fixe. Au déficit du commerce extérieur record enregistré en avril (-7,1 milliards d’euros), s’ajoutent dernièrement les performances inquiétantes de la production industrielles. Après un recul de 1,1% en mars, elle s’est de nouveau contracté de 0,3% en mai (la situation du marché de l’automobile, notamment, plombe un secteur déjà en crise).

Au niveau de la demande, les perspectives ne sont guère meilleures. Certes, au premier trimestre la consommation des ménages a largement soutenu la reprise de la croissance ; au point d’évoquer une reprise inespérée (avec des perspectives de croissance économique à 3%..!) Mais cette hausse ne s’est pas maintenue, et a, au contraire, été suivie d’une forte baisse.

Ce graphique, publié aujourd’hui par l’INSEE, illustre bien les difficultés actuelles des ménages français : incertitude vis à vis de l’avenir (taux d’épargne en légère baisse, mais en phase d’augmentation depuis 2005) et du pouvoir d’achat (tendance baissière depuis 2007).

Pour Camille de Willencourt (Natixis), « la demande intérieure devrait rester très faible au cours des prochains trimestres [même si] la résilience de l’économie allemande, en particulier de son secteur manufacturier, devrait soutenir les exportations françaises et la production industrielle. »

Alors : reprise réelle ou double-dip (phase d’expansion économique immédiatement suivie d’une rechute)? Ni l’un ni l’autre! Au final, l’économie française ne devrait certainement pas tenir les promesses de son premier trimestre 2011 ; pas plus qu’elle ne devrait s’effondrer subitement, entraînée au fond par un déficit commercial structurel, auquel on est habitué.

Par un effet de rattrapage pervers, elle devrait se contenter de croître très modestement, comme cela été prévu en début d’année.

Bien sûr, cette analyse doit être pondérée par les perspectives lamentablement mauvaises de l’économie américaine et de la crise de la dette qui s’annonce.

Cet article a été classé dans Géoéconomie et taggué par , , , .

Économie américaine : le paradoxe logique

La dette américaine gonfle ; les agences de notation la placent sous surveillance négative ; le plafond d’endettement public est atteint ; la politique de quantitative easing est calamiteuse ; la masse monétaire augmente ; la crise politique s’enlise ; la création d’emplois est plus faible que prévue ; le prix de l’énergie plus fort…

Qu’à cela ne tienne, les perspectives économiques sont revues… à la hausse!

En effet, le Président de la Réserve Fédérale (Fed, pour les intimes), Ben Bernanke, a déclaré hier, lors d’une conférence à Atlanta, que tous les mauvais chiffres de l’économie de la première puissance économique mondiale, largement repris par les médias, n’empêcheront pas l’activité américaine de reprendre fortement, pour atteindre 3 à 4% au second semestre.

Modestement, il a déclaré sa foi en la poursuite de la reprise post-crise, modérée mais réelle, selon lui. Il occulte complètement les problèmes structurels de l’économie américaine, et les conjoncturels. De plus, même s’il n’a rien dit sur la poursuite, ou l’arrêt, de la politique de quantitative easing de la Fed, il a tout de même affirmé que les marchés avaient besoin de taux d’intérêt bas ; un indice pour l’avenir (peut-être la fin de la politique de QE, mais pas de hausse importante des taux d’intérêt, hausse qui découragerait le crédit).

Au final, à affirmer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, Bernanke semble relativement peu crédible. Mais peut-il faire autre chose que clamer sa confiance en la solidité de  la croissance économique américaine? Un de ses prédécesseurs, Alan Greenspan, a déjà déclenché l’éclatement d’une bulle en reconnaissant son existence. La dernière chose que Bernanke veut est de répéter la même erreur.

Mais serait-ce vraiment une erreur que d’affirmer l’insoutenabilité de la situation américaine? Certes cela pourrait déclencher une crise, mais est-elle évitable? Vaut-il mieux qu’elle advienne aujourd’hui? Dans 1 an? Dans 5?

Dans tous les cas, les déclarations du Président de la Fed laissent supposer que les États-Unis ont fait leur choix : le plafond de la dette sera relevé (pour la dixième fois en 10 ans), les taux d’intérêt bas maintenus, et la pompe à dollar activée. La fuite en avant continue.

Cet article a été classé dans Géoéconomie et taggué par , , , , , , , .

Pourquoi l’euro va continuer à s’apprécier face au dollar

Beaucoup s’étonnent de la résistance de l’euro face au dollar, en pleine crise de la dette européenne. Comment se fait-il que la monnaie européenne résiste tant et si bien qu’elle a même plutôt tendance à s’apprécier? La Grèce est toujours aussi mal en point ; l’Irlande et le Portugal ne sont pas bien mieux lotis (au contraire de l’Espagne, qui voit sa situation s’améliorer légèrement) ; la BCE semble se spécialiser dans les déclarations contradictoires. Et pourtant l’euro résiste!

Les économistes appellent « résilience » la capacité d’un acteur économique à récupérer après un choc. Mais peut-on réellement parler de cela actuellement? Certes, le contexte de crise économique liée à la dette souveraine devrait faire douter les investisseurs de la  stabilité de la monnaie européenne. Mais la relative bonne santé de l’euro n’est pas liée à la confiance qu’inspire la monnaie européenne. L’euro jouit en réalité des performances lamentables de l’économie américaine : outre la politique risque-tout de quantitative easing (lire : Crise de la dette américaine et/ou Dette américaine : débat politique sur fond de (nouvelle) crise économique?), il suffit d’observer les derniers indicateurs pour se convaincre de la pente savonneuse sur laquelle le dollar se trouve ; commandes à l’industrie en baisse de 1,2%, chômage en hausse, indice ISM à son minimum historique, etc.

Il n’est donc pas question ici de résilience. L’euro ne « résiste » pas ; c’est le dollar qui, peu attractif, voit les investisseurs lui préférer la monnaie européenne.

Seconde monnaie internationale, l’euro a tout à gagner d’une telle situation. Si une crise de la dette américaine se confirme, et que s’en suit une remise en cause du dollar comme monnaie de référence, nul doute que l’euro le remplacera.

Le yuan est bien trop avantageux sous-évalué pour devenir une monnaie de réserve. Sans compter que, dans le cas d’une large réévaluation, des pans entiers de l’économie chinoise feraient faillite. Enfin, il faut une crédibilité historique sur les marchés pour s’imposer comme monnaie de réserve ; l’euro, bien que jeune, inspire confiance, et représentait 27% des réserves de change en 2008.

Le Japon, de son côté, a trop souffert d’un yen surévalué, lors de la fameuse « décennie perdue« , pour accepter qu’une telle situation se reproduise.

L’euro, pour toutes ces raisons, a toutes les cartes en main pour s’imposer à moyen terme comme la monnaie internationale de référence.

Cet article a été classé dans Géoéconomie et taggué par , , , , , , , , , .

Crise de la dette américaine : une prophétie autoréalisatrice en action

Le taux d’intérêt, sur les marchés monétaires, reflète le risque. Plus il est haut, plus la probabilité de défaut est élevée ; inversement, plus il est bas, plus l’émetteur est jugé fiable. Si un grand nombre de prêteurs doutent de la solvabilité d’un acteur, cela se refléte sur le taux d’intérêt, qui augmente. Le problème est que, bien souvent, cette logique conduit à une escalade spéculative, l’émetteur devant proposer des taux d’intérêt de plus en plus élevés afin de se (re)financer. En conséquence, le service de sa dette gonfle et, au final, l’émetteur risque de ne plus avoir accès au marché obligataire, confirmant par là les « doutes » sur sa santé économique.

Cette logique montre que l’on peut entraîner la faillite d’un État simplement en doutant de sa solvabilité, et alors que, structurellement, rien n’a vraiment changé. Ces phénomènes renvoient à ce qui est appelé en économie « une prophétie autoréalisatrice ». Entraîner la faillite d’un État en étant persuadé de sa faillite prochaine. Faire exploser une bulle spéculative en déclarant sa foi en son existence.

Pourquoi aujourd’hui ?

Mais revenons à l’actualité. Les États-Unis sont sur le point de négocier le relèvement de leur plafond de dette publique, récemment atteint dernièrement (14 294 milliards de dollars). Le déficit public américain devrait atteindre cette année environ 1500 milliards de dollars. La politique de « quantitative easing » de la Réserve Fédérale consistant à acheter directement les bons du Trésor américain, qui ne sera probablement pas reconduite (comme les récentes déclarations de Ben Bernanke le laissent supposer), a déjà causé des dégâts considérables.

Le déficit américain est structurel. La dette publique, colossale, ne s’est pas constituée en un jour, et les économistes évoquent depuis des années cette épée de Damoclès. Alors pourquoi les États-Unis devraient-ils craindre une crise de type grec aujourd’hui plutôt qu’hier?

Peut-être car ce qui est un secret de polichinelle pour les économistes, à savoir l’idée que les États-Unis ne peuvent continuer leur fuite en avant et laisser gonfler indéfiniment leur dette publique, est en train de faire son chemin dans les médias traditionnels et l’opinion publique.

Mauvaises notes

Ces derniers mois, les agences de notation Standard & Poor’s, Fitch Ratings et Moody’s, ont placé la dette américaine sous surveillance négative, et menacent d’abaisser sa notation AAA. Paradoxal pour le taux obligataire de référence ?

Pas tant que ça ! La situation est la suivante : aujourd’hui, peu d’acteurs économiques souhaitent acheter des bons du Trésor américain. Avant d’atteindre le plafond défini par la loi, c’est la Fed qui assumait ce rôle (elle achetait environ 70% des obligations américaines). Le plafond d’endettement ayant été atteint, s’il n’est pas relevé, les États-Unis ne pourront faire face à leurs prochaines échéances : la date du 2 août est évoquée pour cet évènement jugé « cataclysmique » par le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner.

Les médias évoquant cet état de fait de plus en plus souvent, et les déclarations des agences de notation étant désormais largement relayées, il est probable que les États-Unis doivent faire face, dans les prochains mois, à de grandes difficultés économiques. Car en économie, parler d’une crise est bien souvent le meilleur moyen de la déclencher.

Onde de choc

Deux possibilités : soit la politique de « quantitative easing » est poursuivie, et les taux d’intérêt sont maintenus à un niveau très bas. Dans ce cas, le taux auquel les américains empruntent actuellement ne devrait pas sensiblement augmenter, même en cas d’abaissement de la notation souveraine américaine. Les prix se maintiendraient également, puisque cette politique cherche précisément à lutter contre la baisse des prix en stimulant le crédit. Mais cela ne serait qu’une solution à très court terme. Cela ne ferait que retarder l’échéance, gonfler un peu plus la dette (à 1500 milliards de déficit annuel, on se dit que le PIB grec de 330 milliards apparaît bien ridicule), et renforcer l’onde de choc de la crise à venir.

Soit la politique de la Fed est remise en cause, les taux d’intérêt remontés, et le gouvernement Obama décide de mettre en place une politique d’austérité draconienne. Dans ce cas, la consommation des ménages, déjà fébrile, s’effondrerait, et il y a fort à parier qu’en reconnaissant leur incapacité à demeurer le Débouché du Monde, les États-Unis déclenchent la crise qu’ils cherchent à éviter. Cela signerait la fin de l’hégémonie du Dollar dans le système monétaire international, et ferait entrer la première puissance mondiale dans une crise économique bien pire que celle de 2008.

Le paradigme libéral, encensé depuis la fin des années 70 a montré ses limites à d’innombrables reprises, et pour la dernière fois en 2008. Mais rien n’a changé depuis : les nouvelles réglementations tardent à être mises en place, et seront sans doute aussi peu contraignantes que les précédentes. Les mêmes hommes sont aux postes clés (Timothy Geithner, Ben Bernanke, pour ne citer qu’eux), et le système monétaire international est sur le point de s’effondrer.

Il serait peut-être temps de relire Keynes…

Cet article a été classé dans Géoéconomie et taggué par , , , , .

Dette américaine : débat politique sur fond de (nouvelle) crise économique

Petit à petit, la chose est évoquée dans les médias. A priori, si les États-Unis ne relèvent pas leur plafond d’endettement public, un défaut est envisageable. « A priori », car personne ne doute réellement d’un tel évènement, qui est déjà advenu 10 fois en 10 ans, et qui n’est souvent qu’un prétexte pour des négociations entre démocrates et républicains.

Mais, et c’est une nouveauté, beaucoup de médias évoquent clairement, outre la probabilité d’un défaut, l’abyssale dette publique américaine ; non plus à titre informatif, mais bien pour souligner le caractère intenable de la situation. 14 266 milliards de dollars de dette, soit environ 100% du PIB américain, c’est tout de même autre chose que les 330 milliards de dette grecque. Dans les faits, cela signifie que les États-Unis devraient travailler toute une année à la seule fin de rembourser leur dette.

Pourtant, les marchés ne réagissent pas de la même façon que pour le cas grec. En fait, ils font même montre d’un fonctionnement inverse. Nouveau record historique de dette publique? Qu’à cela ne tienne, le taux d’intérêt d’un bon du Trésor américain (atteint un minimum historique à la mort de Ben Laden), à 3,11%. Pas de spéculation, pas de difficulté de refinancement, pas de plan d’austérité ; la Réserve Fédérale continue allègrement de faire marcher la planche à billet, et d’acheter les obligations américaines. Le dollar s’effondre-t-il? Non. Les marchés demandent-ils des taux d’intérêt plus élevés? Pas plus. Les agences de notation Fitch et S&P’s placent la dette américaine sous surveillance négative? Les marchés ne réagissent toujours pas. Rien ne semble pouvoir remettre en cause l’inébranlable confiance en la réussite du modèle américain.

Pourtant, il est de notoriété publique que le pays vit au-dessus de ses moyens. Le crédit est devenu l’un des piliers de la consommation américaine, quand le taux d’épargne des ménages est ridiculement bas (moins de 2% en 2003, source OCDE). Pour comparaison : en France, il ne viendrait l’idée à un ménage de financer ses courses d’alimentation par un crédit bancaire ; ce dernier ne sert que lorsqu’un achat conséquent est envisagé (voiture, appartement, etc). Aux États-Unis, on emprunte pour absolument tout. Beaucoup d’américains possèdent 5 ou 6 cartes de crédit. La consommation des Etats-Unis est essentielle au commerce international, car elle sert de débouché ultime ; que le ménage américain cesse de consommer, et c’est toute la demande mondiale qui s’effondre.

Ce problème, de nature structurelle, est réglé temporairement par la création continue de monnaie (inhérente au crédit). C’est donc une fuite en avant perpétuelle, et tous les moyens sont bons pour soutenir la demande américaine, y compris une création monétaire irraisonnée.

Structurellement, les États-Unis ne vont pas mieux que les pays européens actuellement en crise (Grèce, Irlande, Portugal). Mais, en Europe, c’est la crise de confiance qui a entrainé une crise de liquidité, et non l’inverse. Si la dernière a été réglée, temporairement, la confiance n’a pas été restaurée ; d’où la contagion à toujours plus d’économies de la zone euro.

La confiance en l’économie américaine? Intacte ; et ce, même si de nombreux économistes s’accordent pour dire qu’il n’y a pratiquement plus que la Réserve Fédérale pour acheter des bons du Trésor américains.

Plus dure sera la chute?

(A lire aussi : Crise européenne et populisme économique, sur le Blog Mediapart d’Adrien Gévaudan)

Cet article a été classé dans Géoéconomie