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Michel Onfray n’est pas hédoniste!

Personnellement, je trouve extrêmement positif qu’une philosophie telle que l’hédonisme soit réactualisée, rediffusée, modernisée ; je peux imaginer que c’est ainsi que des courants philosophiques souterrains irriguent des époques sans même que celles-ci n’en aient conscience. Un peu comme le Libre Esprit a accompagné le Moyen-Âge, ou comme les écoles épicuriennes ont jalonné les premiers siècles après le Barbu.

Il est cependant aisé de noter de grandes contradictions dans la pensée de Michel Onfray.

Si l’on comprend bien les propos de Lucrèce, Aristippe et Epicure (rapportés par Diogène Laërce), la différence fondamentale entre les cyrénaïques et les épicuriens réside en le temps ; dans sa conception, pour être précis. Pour les premiers, le plaisir est mouvement, dynamique, actif ; pour les seconds, il est surtout catastématique. Ce n’est pas que l’épicurisme nie l’importance des plaisirs éphémères ou sensuels ; Epicure lui-même disait : « Je ne saurai, pour ma part, concevoir ce qu’est le bien si je retranche les plaisirs des saveurs d’un côté, et celles du sexe, des concerts et de la beauté, de l’autre. » Non, la différence fondamentale entre cyrénaïsme et épicurisme réside dans la projection de soi que favorise le dernier ; le plaisir est la fin que doit rechercher tout homme, sur cela les deux courants s’accordent. Mais chez Epicure, il est un état de la conscience, une caractéristique essentielle du sage. Même torturé, même gémissant, ce dernier jouira de cet état de grâce introspectif qu’est le plaisir catastématique.

L’archipel de Cyrène a fait don au Jardin d’une éthique fondamentale des plaisirs ; en retour, l’eudémonisme hédoniste est passé à la postérité.

Or, l’entreprise de Michel Onfray s’articule autour de la nécessité de ne pas s’occuper de plaisirs générant un déplaisir, immédiat ou futur ; de préférer un petit plaisir simple et durable à un plaisir intense, éphémère et susceptible de susciter ensuite une sensation de manque. Quand Michel Onfray prône la réflexion sur les plaisirs, l’engagement philosophico-politique (en cela il diffère complètement et des cyrénaïques, et des épicuriens), il est bien plus proche d’Epicure que d’Aristippe.

Est-ce dire alors que l’épicurisme est une version moderne de l’hédonisme? Que l’éthique épicurienne est la forme qu’a pris l’hédonisme libertaire de Michel Onfray?

Car on en arrive à l’un des paradoxes des philosophies eudémonistes : si celles-ci ont pour objet la quête du Souverain Bien, ce dernier est paradoxalement et essentiellement subjectif. D’où, d’ailleurs, la profusion de philosophies eudémonistes : toutes diffèrent en raison de leurs interprétations de ce qu’est ce Bien.

Un eudémonisme hédoniste sera alors un épicurisme, par exemple.

Mais si je décide que le Souverain Bien est Moi, qu’en résulte-t-il? La piste est intéressante, car découlant directement de l’épicurisme, philosophie certes altruiste mais hautement centrée sur l’individu en tant qu’être capable de (res)sentir.

Regardons les psychopathes. Ces derniers sont pathologiquement incapables de concevoir se serait-ce que l’existence de l’Autre. Le monde est leur instrument, et il doit se plier à leurs exigences, ne servir que leur bon vouloir. Si cette analogie s’arrête à l’absence de plaisir ressenti (et encore : les médecins sont incapables de détecter le fonctionnement neurologique des zones habituellement associées au plaisir, mais qui dit que le cerveau des psychopathes est structuré de la même façon que celui d’un être « normal »?), je pense qu’il est intéressant de noter que le Souverain Bien, nécessairement subjectif car il ne saurait être question d’une philosophie centrée sur l’être, le sujet, et pourtant objectiviste ; ce Souverain Bien donc, ouvre la voie à une philosophie anti-objectiviste centrée sur l’individu. Et même à un anarchisme individualiste « stirnerien » en ce qu’il refuse toute vérité autre que celle de l’existence de l’individu pensant.

Michel Onfray n’est pas plus hédoniste qu’il n’est épicurien. Il n’est aucun des deux. Si ces deux philosophies du bonheur l’influencent, au point de revendiquer l’actualisation d’une pensée aussi fragmentaire et contradictoire que le cyrénaïsme, il tente d’opérer une synthèse moderne, et, à son sens, éthiquement nécessaire à la société, de tout un florilège de courants philosophiques parfois en désaccord profond.

A chacun, ensuite, de juger si cela lui est utile.

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Anti-charte de déontologie journalistique

Ci après un petit texte en réaction à cette proposition de charte déontologique, malheureusement produite par « Aliocha » et diffusée par @rrêt sur images, qui signe là sans doute l’une de ses plus mauvaises contributions au débat sur la liberté d’expression moderne.

9 points ; 9 lois, 9 pétitions de principe. Les propositions suivantes, qui vont être commentées, sont louables, mais angéliques ou dépassées, et témoignent de la crise économique, idéologique, et surtout identitaire qui touche actuellement les médias.

 

1. Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité

@rrêt sur images se contente de dire que le Web ne présente « aucune spécificité sur ce point ».

Ah bon.

Il semblerait donc qu’une illusion valable dans un monde le soit également dans un autre, aussi différent soit-il du premier. Il est étonnant de ne pas interroger le concept de vérité si cher aux philosophes, quand les journalistes classiques l’emploient à tort et à travers depuis la nuit des temps sans avoir cherché à lui donner une résonance empirique ; encore moins une consistance philosophique.

On notera ensuite le choix subtil des termes ; « respecter la vérité ». Attention, ne pas la transmettre, s’en faire le vecteur, ni même la défendre, des démarches qui seraient beaucoup plus engagées et actives (bien que sans doute tout aussi vides philosophiquement). Non, il faut la respecter ; ce qui veut tout dire et rien dire, bien évidemment. On peut respecter la vérité, un adversaire ou les compétences informatiques de sa grand-mère. D’ailleurs ce qu’il y a de bien avec le respect, c’est que c’est devenu une notion-voile d’autres concepts : l’indifférence, la condescendance, la pitié, voire le mépris. Dans le doute, quand on ne connaît rien de quelqu’un, on le respecte. Ca ne coûte rien, c’est consensuel et à peu près vide de sens.

Pas grand-chose à dire sur « le droit que le public a de connaître la vérité », si ce n’est que : 1) le public est parfaitement incapable de reconnaître la vérité, si tant est que ce concept a une quelconque importance sur le plan de la philosophie du langage. 2) le public est bien souvent ravi d’échanger ce droit à la vérité contre le droit à la sécurité. 3) qui est ce « public » dont on parle depuis tout à l’heure ?

 

2. Défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique

Concept original que cette liberté de l’information ; fruit de l’accouplement brutal et inattendu de la liberté d’expression et du droit à l’information, il traite donc du droit de savoir. Sauf que tout le débat sur l’existence ou non de ce droit et sa pratique est écarté ; défendre la liberté de l’information, c’est évidemment partir du principe qu’elle existe.

[Hors sujet : suis-je le seul à imaginer l’Information, incarnation de l’information, gambader dans un pré, libre et nue, défendue par de courageuses chartes ?]

 

3. Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents

Voilà sans doute la première erreur fondamentale de cette « charte (sic)». En effet, jusqu’ici nous étions en présence d’idéaux vagues et consensuels, mais maintenant on transpose carrément une règle « classique » au monde virtuel.

Exit les problématiques par trop matérialistes comme l’instantanéisation de la transmission de l’information exigée par les patrons de presse aux journalistes, la baisse de leur pouvoir d’achat, les heures supplémentaires à rallonge, la nécessité de se confronter à un monde (virtuel) qu’ils ne connaissent ni ne maîtrisent, etc. Peu importe tout cela : il faut vérifier ses sources, comme avant, mais plus vite. Respecter la vérité, comme avant, mais plus vite. En gros, amis journalistes, sans une augmentation de 200% de votre productivité horaire (et bien oui, entre les réductions de postes, et l’augmentation de la production qu’on vous demande, ce sera à peu près cela), vous allez galérer pour respecter ce principe.

On passera rapidement sur le « ne pas altérer les textes et les documents » ; c’est triste, mais ce n’est pas aujourd’hui que les journalistes acquerront le droit de controuver leurs sources.

 

4. Ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents

Vous avez aimé le concept de vérité ? Vous adorerez celui de loyauté ; aussi flou, aussi vide, aussi moralement imprégné du miel de la pensée consensuelle.

Sachez résister, amis journalistes, à l’appel du scoop déloyalement acquis ; bon, vous n’avez pas pu vous doucher ce matin ni dormir hier soir, vous n’allez tout de même pas commencer à faire votre boulot ce matin. Non, sachez respecter (sic) votre nouvelle profession, interface entre la caisse de résonance et le relai publicitaire. N’osez pas mordre la main qui vous nourrit (à peine) avec des méthodes déloyales.

Elle est où la Charte de la Loyauté d’ailleurs ? Lire un courrier anonyme révélant des informations sur un sujet d’importance capitale, et y faire écho, c’est déloyal ? La déloyauté est-elle du côté de celui qui fournit l’information, ou de celui qui la publie ? Et depuis quand les médias fonctionnent-ils comme un tribunal ?

A noter que c’est au niveau de ce point que @rrêt sur images connecte les mots « déloyal » et « hacker », pour une mystérieuse raison. On pourrait penser qu’un site spécialisé dans le décorticage de l’information médiatique est au courant de l’abus de langage actuel, qui conduit les médias (« lémédias + @si ?) à assimiler hacker et pirate informatique. On ne développera pas ici ce point, les sources étant multiples (Wikipédia : Hacker).

 

5. S’obliger à respecter la vie privée des personnes

Idem que pour le point n°4 ; que les monte-en-l’air du dimanche passent leur chemin, il n’est toujours pas déontologiquement permis d’être irrespectueux (tiens, encore le respect) envers la vie privée des personnes ; leur vie publique, pourquoi pas, mais la vie privée JAMAIS.

 

6. Rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte

Un erratum est facilement diffusable dans le journalisme classique. Pour les médias virtuels, il est beaucoup plus problématique : quid de l’indexation par les moteurs de recherche (en particulier Google et sa fonction cache), les flux RSS, les alertes par email, la date de publication (que l’on peut modifier comme on le désire), les articles « miroirs » (le fait de les copier et diffuser depuis un autre point) etc.

Bref, on n’est pas rendu…

 

7. Garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement

Ouais, bon, le secret médicalo-médiatique doit être respecté (Marcel, ressert nous une tournée de respect s’teuplé) ; encore une transposition de norme du réel vers le virtuel.

Sauf qu’on touche ici à un problème extrêmement grave peu ou pas questionné. La cybersécurité des journalistes. Ce dernier, sur-diplômé, sous-payé, doit maintenant composer avec une réalité qui lui imposerait de disposer de connaissances avancées en sécurité informatique s’il veut protéger ses sources. Il n’en a pas le temps, donc il n’y connaît rien, donc ses sources ne sont pas protégées (à suivre sur IntStrat : Journaliste, hacker : la trop-évitable fusion).

 

8. S’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information

Merde, toujours pas le droit aux bakchich. Gageons que, au vu des sous-salaires des journalistes, ce point risque de devenir un vœu pieux.

 

9. Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs. Refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction

Apothéose finale, schizophrénie[1] ultime : amis journalistes, abhorrez ce que vous êtes devenus, culpabilisez de devoir vous compromettre avec les patrons de vos patrons (bref, ceux qui filent le pognon et vous font l’aumône à la fin du mois).

Les points précédents n’existent que pour vous préparer à cette sodomie conceptuelle : vous gobez les 8 premiers points, ne pouvez les respecter, et en éprouvez de la souffrance ; vous n’en serez que plus manipulables.

Anti-hédonisme primaire, masochisme professionnel, philosophie de la souffrance.

 

Simplisme, angélisme, idéalisme. Cette charte déontologique est bien mignonne, mais ne semble tenir compte d’aucune des problématiques que les nouveaux médias doivent affronter : indépendance financière ; redéfinition des rôles (fusion « journaliste-commercial ») ; insécurité chronique de la profession (financière, informatique, horaire) ; démocratisation de la transmission informationnelle mais recherche d’un modèle économique n’excluant pas l’exclusion par l’abonnement ; attirance pour l’audience ; répulsion du subjectif, de l’engagement ; inconscience technologique.


[1] Dédicace à @si : le mot schizophrénie est couramment utilisé dans le registre ironique pour désigner ce qui n’est en réalité qu’une des complications de quelques cas de la maladie, à savoir le dédoublement de personnalité ; le schizophrène se caractérise surtout par sa dépression chronique et pathologique.

Le saut fédéral : solution pour une Europe-puissance? (2/2) La théorie des pouvoirs implicites européens

La cour suprême des Etats-Unis, dans son arrêt McCullouch vs. Maryland (1819), a créé la jurisprudence dite des « pouvoirs implicites » (implied powers). Celle-ci affirme que le gouvernement fédéral est libre des moyens qu’il emploie pour atteindre les buts qui lui sont assignés par la Constitution. Avec les seules limites que la Constitution lui fixe. Plus tard, cette idée a été reprise par l’Organisation des Nations Unies (ONU), et est devenue une composante fondamentale des organisations ayant la personnalité juridique internationale[1].

Ce principe, appliqué à l’Union Européenne, pourrait donner de nouveaux pouvoirs aux institutions existantes. Au Président de l’Europe, (l’illustre) Herman Von Rompuy, bien sûr ; à (la dynamique) Catherine Ashton, évidemment ; mais aussi à la Commission, et surtout au Parlement européen. Ce dernier, seul organe élu au suffrage universel direct, dispose d’une véritable base démocratique, très peu exploitée au regard du symbole qu’il représente : un véritable pouvoir législatif européen… en puissance.

Oui, cette solution est radicale. L’Union Européenne n’est pas l’ONU, et encore mois un Etat fédéral similaire aux Etats-Unis. Faire le choix des pouvoirs implicites, c’est prendre la direction d’un quasi-coup d’Etat européen. Mais peut-être n’est-il pas nécessaire d’aller aussi loin. Nous l’avons dit, le Parlement européen est la seule institution européenne démocratiquement élue ; si un organe de l’UE doit prendre la décision de s’accorder plus de pouvoir qu’il n’en a actuellement, cela ne peut être que le Parlement. La grande question est : quels pouvoirs ? Bien sûr, pas celui de se déclarer tout-puissant, ni même Assemblée constituante. Mais pourquoi pas celui de s’autosaisir des sujets suivants :

  • pérennisation du FESF (pourquoi pas en Fonds Monétaire Européen)
  • élargissement des compétences de la BCE
  • création d’euro-obligations (ou eurobonds)
  • limitation de l’influence procyclique des agences de notation
  • mesures à l’encontre du monde financier (Bâle III) mais contraignantes (pas similaires pas Bâle III)
  • restructuration de la dette intra-européenne
  • défaut unilatéral sur la dette européenne extérieure..?

Si j’occulte, volontairement, la question du comment, c’est parce que je sais pertinemment que jamais cette piste ne sera explorée. La théorie des pouvoirs implicites européens suppose du Parlement éponyme une comportement citoyen, civique. Une prise de  conscience et de responsabilité. Une attitude similaire à celle du Tiers Etat en 1789. Vous êtes incapables de régler les problèmes actuels? Très bien ; nous allons nous en charger. Et peu importe le droit.

Est-ce anarchique de proposer cette piste? Seulement superficiellement ; car poser un regard lucide sur l’histoire contemporaine permet de se rendre compte qu’elle est jalonnée de violation du droit. Nous avons vu, lors de notre approche de l’endettement, que la constante historique n’est pas le respect des normes, sinon la volonté d’y échapper. Cela pouvait être fait par cupidité, par désir de servir l’intérêt national, ou simplement par vengeance. Là n’est pas la question. Laissons l’étude des intentions aux philosophes systématiques. Un fait demeure : le droit (écrit ou coutumier) est un carcan nécessaire jusqu’à ce que l’on décide qu’il ne l’est plus. Qu’un homme décide cela seul, et il devient un tyran ; que le peuple fasse de même, dans son propre intérêt, et on parlera de Révolution.


[1] Pour le moment, seule l’ONU est reconnue comme telle ; cependant les juristes ont toujours pensé cette caractéristique avec en tête l’idée de l’universaliser à d’autres institutions.

Le saut fédéral : solution pour une Europe-puissance ? (1/2) Un transfert de légitimité démocratique

C’est l’évidence même ; cela est répété par tous les médias, unanimes, comme souvent. Attention braves gens, voilà la vérité ultime sur la crise de la dette, version Europe : une meilleure intégration économique, y compris fiscale et budgétaire, couplée à une véritable gouvernance réglerait tous les problèmes du Vieux continent.

[Silence]

La question n’est pas de savoir si l’on est « pour » ou « contre » cette voie ; de nombreux partis politiques français, extrémistes ou extrémisant, s’étranglent à l’idée que la grande et éternelle France se fonde dans un ensemble plus vaste et perde ainsi sa pureté virginale. Peu importe : le fait est qu’en l’Europe réside l’une des solutions à la crise actuelle. Peut-être pas la plus probable, peut-être pas la plus facile à appliquer, et sûrement pas la plus en accord avec l’opinion des peuples. Mais tout de même une solution.

Pourquoi ?

Politique (et) économique : entre indécision et instantanéité

Si l’analyse de la crise européenne a montré une chose, c’est bien l’incomparable volonté des dirigeants nationaux de ne pas se mettre d’accord, encore moins de sacrifier leurs petites ambitions mesquines sur l’autel d’une solution durable. Désireux de ne pas hypothéquer leurs chances de réélection, les gouvernants ont décidé d’être sourds à tous les appels des fonctionnaires européens, tel l’inutile Herman Von Rompuy ou la triste Catherine Ashton.

Pourtant, il est incontestable que l’Union Européenne souffre d’un déficit d’intégration économique. C’est devenu une lapalissade que d’en parler ! Nous l’avons vu : les deux politiques dont dispose l’Etat, traditionnellement, pour influer sur son tissu économique, sont la budgétaire et la monétaire. La conjonction des deux offre un panel d’outils de gouvernance maximum, qui serait sans doute à même de juguler la crise européenne. En l’absence de l’une, les acteurs prennent le risque de se marcher sur les pieds, voire de poursuivre des buts différents.

C’est exactement ce qu’il s’est passé en Europe depuis le lancement de la monnaie unique : une politique monétaire unique, certes (bien que « à l’allemande », mais en soi rien de fondamentalement déficient), mais unifiée et égalitaire. Et là est le problème : une politique monétaire unifiée et égalitaire ne saurait tenir compte des particularismes économiques de chaque Etat-membre ! Un euro fort favorisera un certain type de pays, quand d’autres en souffriront ; des taux d’intérêts faibles, idem. Une zone monétaire, pour être optimale, doit s’appliquer à un espace relativement uniforme, comme un Etat : forte mobilité du facteur travail, intégration politique poussée, et politique budgétaire cohérente.

Or, il est impossible de dire que l’Union répond à ces exigences.

Au contraire, elle pêche dans tous ces domaines.

Mais les hommes ayant construit le projet de monnaie unique ne sont pas stupides : ils avaient pleinement conscience de ces carences. S’ils ont fait le choix de la monnaie unique, c’est en raison de son caractère incitatif. A tous les avantages économiques s’en ajoutaient de nouveaux : grâce à l’euro, on pousserait l’Union à renforcer son intégration politique, adopter une politique budgétaire commune, et ses citoyens à envisager la mobilité professionnelle intra-européenne sous un meilleur jour.

Le plan était beau, et il avait le mérite d’être imparable : une fois la monnaie unique adoptée, aucun Etat ne prendrait le risque de l’abandonner et oublier les dizaines de milliards d’euros investis dans sa mise en place.

Mais la crise des subprimes, et son corollaire malheureux, la crise de la dette, sont venus gripper tous ces petits rouages, en mettant l’Europe dans l’état qu’elle déteste le plus : l’urgence.

Compromis entre volonté fédéraliste et relents nationalistes, la construction européenne s’est articulée autour de la sauvegarde de la prééminence du national sur le continental. En a résulté une incroyable lenteur dans la gestion des crises, leur résolution devant passer par une quasi-unanimité des membres, voire des institutions. Jusqu’à peu, il avait toujours été possible d’arriver à un compromis, et, bon gré mal gré, l’intégration européenne s’était poursuivie.

Mais la crise de la dette, en exposant au grand jour les déséquilibres économiques dont pâtit le Vieux continent, a conduit l’Europe dans une impasse somme toute prévisible.

Pour en sortir, l’Union Européenne, si elle souhaite survivre, doit avancer ; c’est la fameuse « bicyclette » de Jacques Delors : tant que l’Europe avance, elle roule ; qu’elle stoppe son mouvement, et elle s’écroule. Un jour peut-être sortira-t-elle de cette vision simpliste, mais pour cela aussi elle doit avancer.

Comment ?

Un transfert de légitimité démocratique

Idéalement, la solution qui conviendrait le mieux à nos démocraties libérales modernes est celle du classique transfert de légitimité. Donner plus de pouvoir aux instances européennes, présentes ou futures, par un référendum européen qui verrait les peuples soutenir massivement un principe… qu’ils ont toujours méprisé.

L’Europe est souvent critiquée pour être souhaitée par les élites, rejetée par les populations. Pourtant, en vertu du principe de subsidiarité, elle a pu avancer, petit à petit, sur une voie qui n’a jamais été réellement désirée par les peuples.

Pire, ces derniers ont toujours regardé l’Europe avec méfiance et scepticisme ; au sens philosophique du mot. « Dans le doute, suspend ton action » ; son corrolaire direct étant  apparemment « abstiens-toi aux élections » .

Mais si cette solution aurait le mérite de correspondre parfaitement à nos traditions politiques décennales, force est de constater son inadéquation avec le contexte économico-politique actuel. En effet, le versant européen de la crise de la dette a démontré l’incapacité des dirigeants politiques à prendre des décisions douloureuses dans l’urgence. En raison de préoccupations souvent électoralistes, ils rechignent à se décider, et retombent dans des travers nationaux aussi néfastes et inutiles que contradictoires avec l’ampleur de la crise qu’ils doivent affronter.

Un fait capital est devenu évident : l’Union Européenne est incapable de gérer l’urgence. La crise de la dette est violente, brutale, profonde ; il faut lui répondre violemment, brutalement, profondément. Les dirigeants ont techniquement le pouvoir de se mettre d’accord, mais se refusent à l’employer ; et l’Union ne dispose pas de la légitimité suffisante pour passer outre. Ainsi, s’il est peu probable qu’un transfert de légitimité démocratique solutionne la crise de la dette européenne, c’est parce qu’il prendrait trop de temps à mettre en place, et serait assimilé par les marchés comme une preuve de plus des atermoiements de l’Europe.

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What is the truth of the historical claims about Greek philosophy in Zen and the Art of Motorcycle Maintenance?

Question on Quora,  summary by Greg Price : The last fifty pages or so of the book are dedicated to advancing a certain interpretation of the debates between Socrates, his student Plato, and the Sophists. In this interpretation, for the Sophists the Good was prior to the True; the Good was aretê, was there to be perceived, and was connected to rhetoric (for they were, after all, teachers of rhetoric); the True was just a particular kind of Good. For Plato, reason and the True are primary, and under Plato’s student Aristotle, the Good becomes one small branch of the True called ethics. The protagonist identifies with the Sophists and sees his own idea of Quality in their aretê.

(Then he goes insane contemplating the magnitude of the « evil » that Aristotle did by handing down his version to the whole Western civilization that became his heirs, but never mind that.)

It’s a nice story, but I don’t want to trust that this book has it accurately. Is this a fair summary of the conflict between the Sophists on the one hand and Socrates and Plato on the other? What’s a better summary?

Adrien Gévaudan’s answer : It is, indeed, a fair summary of the opposition between Plato and the sophists. But you have to remove Socrates from this conflict. Here are the two remarks I’d like to add :

 

  • Nobody knows what Socrates said about this matter. The great, and awful, success of Plato was to make people think that the Socrates of his books was like the real one. Very little is known about Socrates, and there is a consensus that Plato’s Socrates is very different from the real one. Socrates might be, in reality, very close to the sophists ; most of his friends were sophists, and his way to demonstrate that all knowledge is relative closely resembles Protagoras’ famous sentence : « man is the measure of all things. » Moreover, his legendary irony (a good example of which is the judgment he applied for during his trial!) makes him philosophically close to the cynics and/or the cyrenaics. He is likely to be a bridge, or a synthesis, between the sophists, the cynics, and the idealists.

 

  • The sophists said that Good was subjective, when Plato stated that it was transcendental, primary. But the first opinion subsumes the second! Who was Plato to think that his sentences was a way to achieve the Truth? If the Good is subjective, then it is a subjective point of view to state that it is not..! I guess it is a little cynical to say so, but that is also a judgment, after all.
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