Géopolitique
Cyberdéfense
Philosophie
Politique
Géoéconomie

Fraude et optimisation fiscale : un enjeu de lutte anti-blanchiment

Publié le par Sarah Dufournet - 0 commentaire(s) à cet article

En 2009, la troisième directive européenne sur la lutte anti-blanchiment est entrée en vigueur sur le territoire français. L’ordonnance qui a transposé la directive est revenue sur un principe, voire pour certains la « genèse », du système français, à savoir que la fraude fiscale est désormais dans le champ de la lutte anti-blanchiment, plus précisément dans le scope de la déclaration de soupçon.

La lutte anti blanchiment est définie par le code pénal comme étant « le fait de faciliter, par tout moyen, la justification mensongère de l’origine des biens ou des revenus de l’auteur d’un crime ou d’un délit ayant procuré à celui-ci un profit direct ou indirect. Constitue également un blanchiment le fait d’apporter un concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect d’un crime ou d’un délit. »

Le blanchiment est un processus en trois étapes : une phase de placement au cours de laquelle les fonds frauduleux vont être injectés dans le système financier. Une deuxième phase dite d’empilement : littéralement il s’agit de brouiller les pistes, pour perdre de vue l’origine des fonds placés. Enfin, la dernière phase qui termine le blanchiment est celle de l’intégration, qui consiste à investir les fonds blanchis dans des structures ou placements totalement légaux. Face à ce schéma, les différents corps de métiers concernés ont mis en place des procédures qui permettent de lutter contre ce fléau. En cas d’opérations frauduleuses, atypiques, donc qui ne sont pas cohérentes avec l’activité et/ou les ressources du client, ces structures sont soumises à l’obligation de faire une déclaration de soupçon auprès de l’organisme en charge, Tracfin.

 

Avant la troisième directive, la fraude fiscale n’entrait pas dans le domaine de la lutte anti-blanchiment. Et depuis 2009, les professionnels s’interrogent : où se situe la frontière entre fraude et optimisation fiscale ? La fraude fiscale est une infraction à la loi commise dans le but d’échapper à l’impôt ou d’en réduire le montant. Et pour que l’infraction soit qualifiée comme telle, il est nécessaire de démontrer l’élément intentionnel du fraudeur. Ainsi ne sera pas qualifiée de fraudeur l’individu prouvant sa bonne foi.

Le fait de lutter contre la fraude fiscale est impératif. Chaque année se sont des sommes de plusieurs milliards d’euros qui échappent à l’Etat français. Cependant cette lutte, devenue un enjeu politique depuis les affaires de fraude fiscale hautement médiatisées telle que celle de Mme Bettencourt, présente un danger : celui de noyer Tracfin sous des déclarations de soupçon uniquement pour fraude fiscale, au mépris du travail évident de (re)définition juridique que cette infraction nécessite aujourd’hui.

Tentant d’éviter ce danger, le législateur a énuméré seize critères censés qualifier la fraude fiscale, un seul critère suffisant pour que celle-ci existe. Il semble que l’élément intentionnel ne soit plus la clef de voûte de la qualification. Ces critères comprennent : des montages financiers favorisant l’anonymat, l’utilisation de prête-nom ou de société(s) écran, une progression soudaine et inexpliquée de sommes créditées sur des comptes habituellement somnolents, des opérations financières incohérentes avec l’activité du client, ou bien des opérations internationales sans justifications juridique ou économique.

Cette liste est-elle exhaustive ? Rien n’est moins sûr. Cependant, si même en admettant qu’une action atypique d’un hypothétique client ne rentre pas dans ces seize critères, le professionnel doit se demander de quelle façon qualifier l’opération ; la frontière est  mince entre fraude et optimisation fiscale ; voire, dans certains cas, presque inexistante. Et c’est l’administration fiscale qui est chargée de requalifier une opération en fraude, si besoin ; en supposant qu’elle ait les moyens (humains, techniques) de le faire. Ainsi le professionnel peut, et doit douter face à tout montage juridique compliqué, qui par certains aspects peut s’approcher de la fraude fiscale organisée…

Il reste cependant à évoquer un autre enjeu, politiquement incorrect aux yeux de certains professionnels : la poursuite de la relation clientèle. Et oui, car pour fonctionner, les institutions bancaires, les avocats, les commissaires aux comptes, ont besoin d’avoir une clientèle. Pour une banque, cela signifie que le nom du client peut parfois être dissuasif, et pousser à ne pas être trop regardant ; aussi regrettable que cela puisse être. Mais c’est également ainsi que prospèrent des multinationales connues pour leur opacité légendaire et leurs montages financiers complexes, à base de fonds d’investissement, holding et autres sociétés vides situées dans plusieurs paradis fiscaux. Mais les principaux intéressés disposent d’un argument de poids : ces montages juridiques et financiers font partie de la « culture du groupe (sic) », et ne sont souvent en rien illégaux.

L’optimisation fiscale se met alors au service de l’opacité des entreprises, pour la bonne et simple raison que la loi n’est pas assez précise. Dommage que certains gouvernants aient fait de la fraude fiscale leur seul cheval de bataille, en omettant les problématiques mentionnées tout au long de cet article ; car si celle-ci est bien un fléau à combattre, force est de constater que l’on se trompe bien souvent de cible, les montages financiers opaques de Madame Bettencourt représentant bien plus que la fraude fiscale de quelques milliers de désœuvrés ayant perçu trop d’allocations…

Cet article a été classé dans Politique et taggué par , , , .

Le vide européen

Publié le par Jakob Hoeber - 0 commentaire(s) à cet article

Alors que l’Europe Economique tremble encore par peur des marchés et de ses propres décideurs, l’Europe Identitaire a déjà rendu l’âme. Il est temps de faire notre adieu à cette belle idée peut-être trop frêle face à l’ogre économique.

On aurait pu se l’imaginer belle : une silhouette attirante de Gibraltar jusqu’à Moscou. Peut-être même au-delà car personne n’avait encore fixé ses frontières. Les différentes zones de ce corps s’offraient aux découvertes des étudiants Erasmus, aux entreprises en quête de marchés et à toute personne s’intéressant à son voisin. Déjà, les clôtures étaient tombées ; on pouvait se rendre chez l’autre sans changer de monnaie. On parlait des langues différentes, mais on s’entendait. Chose étrange pour une zone qui, tout au long de son histoire, s’était livrée à la guerre, de plus en plus fratricide. On était Empire, Etats(-)Nations. Nous étions Union. Et maintenant ?

La guerre économique que se livre ce monde de plus en plus anarchique – finance contre public, Etats-Unis contre Europe, Europe contre Europe – fait toujours trop de bruit et de poussière pour voir ce qui entrera dans l’Histoire comme la première victime de ce conflit : l’Europe civile, identitaire, commune ; bref, le mythe du citoyen européen.

L’Histoire, quant à elle, saura choisir ses coupables. Comme d’habitude, elle désignera quelques individus qui auront, par leur comportement irréfléchi, égoïste ou simplement par manque de lucidité, condamné l’Union à la perdition. Puisque l’Histoire est écrite par les vainqueurs, on ne sait pas encore qui rédigera celle-ci. Mais les chances sont grandes pour que cette plume ne soit pas Européenne. Prenons alors le temps de rédiger cette « œuvre » avant que le match ne se termine.

Y-a-t-il un responsable de l’échec européen ?

Il est clair que la construction européenne s’est faite dans une grande naïveté, la même qu’on dénomme vision en cas de réussite et rêverie aveugle en cas d’échec. Aujourd’hui, la dernière version gagne bien évidemment des supporteurs, généralement connus sous le nom des « Je-l’ai-toujours-dit-et-su ». Il semble inévitable que le système de la zone Euro doive échouer, gangréné qu’il est de ses régulations rudimentaires, sa fiscalité embryonnaire à la discrétion des gouvernements nationaux.

Blâme-t-on les Delors, Waigels, Mitterands et Kohls pour avoir aussi mal négocié nos traités ? Ils auraient pu (et dû) pousser plus loin les traités (Maastricht, Nice et Lisbonne pour ne citer qu’eux). Assez souvent, les personnes qui enrichissent le débat avec ces arguments « utiles » sont les mêmes qui ont refusé la Constitution, une Union économique et tout ce qui aurait été une vraie dédicace (ou un sacrifice) à et pour l’Europe.

Et l’ère Chirac/Schröder ? Le premier aurait argumenté,  lors de la signature du Traité de Nice, que la France, puissance nucléaire, n’était pas contrainte à faire plus de sacrifices. Chirac, sous qui la Constitution Européenne a été rejetée (comme pour les Néerlandais, les Irlandais, et avec l’accord des Allemands, la conformité de ce document avec la Loi Fondamentale allemande n’étant pas assurée). Schröder, quant à lui, a démantelé le système social allemand et avec lui son propre Parti Social-démocrate pour rendre l’Allemagne plus efficace et économe.

Dans cette période, les divergences intra- européennes se sont creusées : l’Italie sombrait sous le joug autoprescrit nommé Berlusconi ; l’Espagne et l’Irlande se croyaient au chaud autour de leur feu de paille ; la France stagnait pendant 12 ans sous le règne de Chirac tandis que l’Angleterre consacrait ses meilleures têtes à un système financier qu’elle croyait autoporteur car créant de la richesse à partir de rien. Quant à l’Allemagne, elle bouclait le transfert de liquidités vers les pays en périphérie européenne tout en développant une faible performance économique. En réponse, elle baissait les salaires et les coûts unitaires, ce qui sera à la base de sa réussite (très probablement à court terme) actuelle.

Et nos leaders d’aujourd’hui ?

Sarkozy le nerveux, qui préfère sauver seul le navire qui coule, au lieu d’assumer son rôle de capitaine tout en faisant confiance à une équipe qualifiée, ou Merkel l’opportuniste, changeant d’avis au grè des opinions. Ailleurs, en Europe, les mêmes têtes : bureaucrates, assoiffés de pouvoir, gueules livides… pas une augure propice pour une des plus grandes crises économiques. Au lieu de visionnaires, une nouvelle espèce voit le jour : les dévisionnaires, les démagogues, les LePen de l’Europe qui envoûtent le citoyen avec la promesse d’un âge d’or mythique. Un véritable diavolus ex machina, appelé et alimenté par nos journaux, nos politiciens et tous ceux qui rêvent encore d’un monde simple et de solutions faciles.

Europe Civile…

Il fait beau taper sur les politiques. C’est vrai : qui pourrait en vouloir aux Grecs de défiler et manifester dans la rue tandis que les milliardaires fuient avec leur fortune ? Qui pourrait en vouloir aux Espagnols à qui on a vendu du rêve et qui ahanent aujourd’hui sous les programmes d’austérité ? Qui pourrait en vouloir aux Français qui se croyaient encore Grande Nation en 2003, et qui se blottissent aujourd’hui devant le bâton du FMI et de S&P ? Qui pourrait en vouloir aux Allemands qui ont accepté des sacrifices matériels et idéologiques, et qui se voient traités d’impérialistes, fascistes, Nazi parce qu’ils refusent d’ouvrir leur bourse, gagnée, selon eux, péniblement ? Il est vrai que pour les Pays- Bas, la Finlande, l’Allemagne et l’Autriche, le sentiment de vouloir payer pour les corrompus (Grèce), les fainéants-gaspilleurs (Espagne), des bon–vivant-grévistes (France) est peu répandu.

La fondation économique de cette perception importe peu : si le citoyen européen le pense, ce phénomène sera auto-réalisateur. On revient alors à cette capacité humaine fondamentale qu’est la croyance. Il est vrai que peu de personnes croient encore en une Europe unie en interne ou à l’international. Il est vrai aussi qu’ils ont toujours été peu à croire dans ce projet de Rassemblement, de solidarité européenne, tant les différences culturelles étaient, et sont toujours, grandes.

D’ailleurs, les pays qui revendiquent le plus l’aide d’un fonds européen sont les moins polyglottes. Ce fait devrait montrer qu’il y a pas mal des choses qui ne vont pas en Europe.

Le peu de liens qui a été créé, ce tissu fragile, ne pourrait résister au marteau économique s’abattant sur eux. L’Europe des Peuples pour les Peuples est malade et sera bientôt enterrée. Pour certains, ce moment constituera une grande joie car symbolisera le retour aux Etats-nations bien aimées. D’autres vont prédire le retour de la guerre et se lamenter de cette perte, cette idée que des peuples qui se sont concurrencés, humiliés, mutilés, assassinés pouvaient un jour vivre ensembles. Cette idée que, si seulement un nombre (assez arbitraire) de personnes se donnait les mêmes valeurs, on arriverait alors à les souder. Cette idée qu’on pouvait transformer la haine en fraternité.

Ces idées sont mortes.

D’une, car elle se sont, au moins en partie, réalisée et ont par conséquent fait leurs temps : le scénario d’une guerre franco- allemande n’est plus envisagé, même si certains imprudents ou ignorants se réfèrent toujours au passé et à la peur d’une « invasion » Teutonne.

Cette vision européenne n’a pu demeurer, malgré les efforts. Pourquoi ? Plus d’ennemi commun et bien défini. Plus de décision à 7, 8 ou 11, mais à 27. Plus de perception claire mais un brouillard d’information et d’incertitude sur le monde. Cette vision était déjà un fantôme, bel et bien à la fin de ses jours.

C’est donc avec beaucoup de chagrin que j’offre à cette terre, ces mers et ces cieux l’idée que fût l’Europe, avec ceux qui veulent encore assister à ce funèbre événement, qui ont encore une minute de réflexion (ou une Gedankenlänge Stille ou encore une gondolatnyi csend, dans ces deux langues précises et intraduisibles) dans ce monde bruyant pour commémorer et réfléchir sur une nouvelle vision de l’Europe et de son unité.

Car les idées ont un certain avantage par rapport aux êtres : on peut les réanimer. C’est cela qui nous donne, à nous sommes réunis aujourd’hui sur cette page, c’est ça qui nous donne de l’espoir. Mais dans les yeux de chacun on lit une peur issue de la conscience. Si on laisse mourir  l’idée de l’Europe, il est fort probable que sa résurrection aura un prix, jalonnant l’histoire européenne  : le sang.

A nous de voir ce que nous voulons.

Cet article a été classé dans Politique et taggué par , , .

La France, les Arméniens et… la Turquie

Publié le par Laure Gadrat - 0 commentaire(s) à cet article

 

La communauté arménienne se mobilise depuis près d’un siècle en France au sein de la société civile pour faire reconnaître les massacres qui ont commencé au printemps 1915 en terre ottomane.

Le premier génocide du XXème siècle a fait officiellement plus d’un million de victimes dans l’Est anatolien. La France, en tant que terre d’accueil, devient alors le lieu de recueil de la communauté, et l’espace où le droit/devoir de mémoire s’impose.

La communauté arménienne de France

La diaspora arménienne s’est mobilisée pour accompagner le travail de mémoire et sensibiliser l’opinion à la cause aboutissant in fine à la construction d’un réseau d’associations arméniennes en France.

Malgré un poids démographique similaire, la communauté arménienne est mieux organisée et représentée juridiquement. Elle est traditionnellement intégrée aux cercles du pouvoir à la différence de la communauté des turcs de France. Les plus hauts représentants de la communauté arménienne ont intégré l’intelligentsia française, la classe politique, les médias, permettant une participation active au sein de la vie politique et médiatique.

De nombreuses personnalités publiques, toutes tendances politiques confondues, influencent le pouvoir au gré des alternances. Certains des représentants de la communauté se sont constitués en force politique à l’image du Parti National Socialiste Arménien [LIEN] en lien avec le PS français. Dans le contexte politique actuel, le  député et ancien Secrétaire Général de l’UMP Patrick Devedjian revendique ses racines arméniennes et se positionne régulièrement au sein de son parti pour servir la cause et le porter à un écho national.

D’autres familles de représentants plus discrets de la diaspora arménienne française appartenaient à des cercles de la bourgeoisie économique turque comme Edouard Balladur [LIEN], ancien Premier Ministre, dont le père fut autrefois le très respecté Président de la Banque Ottomane.

La question du génocide arménien en Turquie

Le mutisme d’Ankara sur la version officielle des crimes perpétrés à l’égard des minorités ethniques entre 1915 et 1916 pose problème. Les autorités turques sont aujourd’hui confrontées à l’émergence d’une prise de conscience civile sur ces inconnus de l’histoire turque.

Des tentatives ont été menées par une partie de l’élite intellectuelle turque, à l’image d’une pétition [LIEN] lancée en 2008 qui demandait « pardon » à la communauté arménienne. Ahmet Insel, politologue turc et professeur à l’université francophone de Galatasaray traduit le ton progressiste de cette prise de position politique: «Nous avons repris dans ce texte la formule de grande catastrophe par signe de respect à la culture et la langue arménienne».

Malgré les nombreuses preuves scientifiques, le génocide arménien reste un des grands tabous de la société turque et les puissances étrangères se s’intéresseront à la question seront traduits par une riposte nationaliste.

Les faits récents

Lors de son passage en Arménie en octobre dernier, Nicolas Sarkozy avait laissé entendre dans un discours officiel [LIEN] qu’il attendait de la Turquie « un geste de paix » envers l’Arménie, sinon la France ferait voter un nouveau texte de loi réprimant la négation du génocide de 1915.

Jeudi 23 décembre 2011. Une proposition de loi est déposée par une députée UMP des Bouches-du-Rhône sous le titre suivant : Contre l’apologie, la négation ou la banalisation grossière publiques des crimes de génocide, des crimes contre l’Humanité et des crimes de guerre.

Interrogé au micro de France Inter [LIEN], Patrick Devedjian se félicite le mardi 28 décembre 2011 de l’adoption de cette loi votée à l’unanimité des cinquante députés présents ce jour là à l’Assemblée Nationale. Le député des Hauts-de-Seine explique que cette loi a aussi un double objectif c’est-à-dire « révéler l’attitude de la Turquie sur la scène internationale (…) et montrer que la Turquie n’est pas un pays des droits de l’homme. » Il était tôt ce matin là, il est vrai mais les propos de Patrick ont de quoi laisser pantois ; par exemple : « Le génocide arménien est le seul génocide qui fait l’objet d’une négation par un Etat étranger« . Le député des Hauts-de-Seine manque de rappeler que la loi concerne uniquement de crimes contre l’humanité dits « reconnus » ; donc, amis bosniaques, rwandais, cambodgiens, revenez plus tard, il n’y a rien à voir !

L’absence d’analyse sur la portée historique de cette loi pose la question de la compétence des députés français à décider du caractère génocidaire d’évènements ayant lieu hors du territoire national. Et aussi très peu de déclarations faites sur les présumés conséquences de cette loi sur les échanges économiques franco-turcs. Bref, cette loi vise le « négationnisme outrancier » alimenté par l’Etat turc, on l’aura bien compris, merci Patrick.

Les lois de 2001 et 2006

Le 30 janvier 2001, la mobilisation des arméniens de France paye pour la première fois et se concrétise par la promulgation d’une loi instituant officiellement la reconnaissance des faits de génocide sur le territoire turc à l’égard de la minorité arménienne.

Fort de son anticipation des élections législatives et présidentielles de 2007, le lobby arménien progresse dans la vie politique française via l’adoption définitive d’un nouvel article de loi, le 12 octobre 2006 visant à punir toute négation du génocide.

Les répercussions économiques de la loi de 2006

Au lendemain du vote à l’Assemblée Nationale, l’Union des consommateurs turcs réagit et appelle à un boycott immédiat de produits de marques françaises. Le président de l’Union, Bülent Deniz déclare : « A partir d’aujourd’hui, chaque semaine nous allons boycotter une marque française et montrer notre réaction dans un langage que la France peut comprendre. » Ainsi, l’association de défense des consommateurs annonce le boycott des produits pétroliers (Total) et alimentaires français (Carrefour, Danone)  jusqu’à l’annonce de l’annulation du texte de loi en France. A l’époque, quelques 250 entreprises françaises sont présentes en Turquie comme le géant automobile Renault qui a installé un parc industriel de plus de 51 ha à une centaine de kilomètres d’Istanbul.

Raphael Esposito, Directeur de la Chambre de commerce française en Turquie, qualifie à l’époque de « dommages irréparables » [LIEN] les conséquences de la loi française de 2006. Le directeur de la CCI prévoyait de grosses difficultés pour les compagnies françaises dans toutes leurs démarches douanières et administratives, « sans parler de l’exclusion des appels d’offres publics » comme ce fut le justement le cas avec Alstom, Areva ou encore Eurocopter, entreprises également lourdement sanctionnées.

La présidente du Medef, Laurence Parisot juge à l’époque la situation très préoccupante et se déplace en urgence à Bruxelles pour rencontrer son interlocuteur turc, Omer Sabanci, le président de Tüsiad [LIEN]. La présidente du Medef dénonce le piège électoraliste et rentre à Paris et déclare amèrement: « Nous considérons que le vote de l’Assemblée dépasse ce qu’il est normal de faire sur un sujet aussi grave [...] Il n’appartient pas aux entreprises d’écrire l’histoire, mais il n’appartient pas non plus au législateur d’écrire l’histoire [...] On ne peut pas prendre des mesures de ce type sans se poser la question des conséquences… »

2012

Dans un pays où le culte du chef appartient à la mythologie nationale, l’Ambassade de France à Ankara et la mission économique d’Istanbul demandent régulièrement à l’Elysée de faire preuve de pondération et de tenue dans les déclarations publiques au sujet de la Turquie.

A la veille des échéances électorales, il semblerait que l’on entende encore beaucoup parler de la Turquie en France. A en dire vrai, la thèse se confirme: la Turquie est véritablement devenue depuis une dizaine d’années, un enjeu de politique intérieure en France.

Il peut nous être utile de finir ce billet sur cet extrait [LIEN] matinal de Robert Badinter au micro de RTL le jeudi 23 décembre 2011:

« J’exprime ici les plus extrêmes réserves : il s’agit d’un texte qui véritablement à mon sens est anticonstitutionnel […] Ce n’est pas aux parlementaires de dire [LIEN] l’histoire. Moins encore aux parlementaires français quand il s’agit de faits qui ont été commis en Asie mineure […] il y a un siècle, où il n’y a eu ni victime ni complicité française. Ça ne concerne en rien la France […] Il est certain qu’il y a de très fortes motivations compréhensibles de la part de la communauté arménienne en France et ça représente des centaines de milliers de voix. » Merci Robert.

Suite à la loi de 2006, des commentateurs français rassuraient  : « La rue boycotte la France mais l’économie ne le peut pas. » Le dernier épisode du couple franco-turc montre qu’en 2012, l’économie turque pourrait très bien se le permettre… Ankara a déjà annoncé officiellement le gel des relations stratégiques [LIEN] franco-turque ainsi que le rappel immédiat de l’Ambassadeur à Paris Tahsin Burcuoglu.

 

 

Cet article a été classé dans Géoéconomie, Politique et taggué par , , , , , , .

Anti-charte de déontologie journalistique

Publié le par Adrien Gévaudan - 0 commentaire(s) à cet article

Ci après un petit texte en réaction à cette proposition de charte déontologique, malheureusement produite par « Aliocha » et diffusée par @rrêt sur images, qui signe là sans doute l’une de ses plus mauvaises contributions au débat sur la liberté d’expression moderne.

9 points ; 9 lois, 9 pétitions de principe. Les propositions suivantes, qui vont être commentées, sont louables, mais angéliques ou dépassées, et témoignent de la crise économique, idéologique, et surtout identitaire qui touche actuellement les médias.

 

1. Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité

@rrêt sur images se contente de dire que le Web ne présente « aucune spécificité sur ce point ».

Ah bon.

Il semblerait donc qu’une illusion valable dans un monde le soit également dans un autre, aussi différent soit-il du premier. Il est étonnant de ne pas interroger le concept de vérité si cher aux philosophes, quand les journalistes classiques l’emploient à tort et à travers depuis la nuit des temps sans avoir cherché à lui donner une résonance empirique ; encore moins une consistance philosophique.

On notera ensuite le choix subtil des termes ; « respecter la vérité ». Attention, ne pas la transmettre, s’en faire le vecteur, ni même la défendre, des démarches qui seraient beaucoup plus engagées et actives (bien que sans doute tout aussi vides philosophiquement). Non, il faut la respecter ; ce qui veut tout dire et rien dire, bien évidemment. On peut respecter la vérité, un adversaire ou les compétences informatiques de sa grand-mère. D’ailleurs ce qu’il y a de bien avec le respect, c’est que c’est devenu une notion-voile d’autres concepts : l’indifférence, la condescendance, la pitié, voire le mépris. Dans le doute, quand on ne connaît rien de quelqu’un, on le respecte. Ca ne coûte rien, c’est consensuel et à peu près vide de sens.

Pas grand-chose à dire sur « le droit que le public a de connaître la vérité », si ce n’est que : 1) le public est parfaitement incapable de reconnaître la vérité, si tant est que ce concept a une quelconque importance sur le plan de la philosophie du langage. 2) le public est bien souvent ravi d’échanger ce droit à la vérité contre le droit à la sécurité. 3) qui est ce « public » dont on parle depuis tout à l’heure ?

 

2. Défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique

Concept original que cette liberté de l’information ; fruit de l’accouplement brutal et inattendu de la liberté d’expression et du droit à l’information, il traite donc du droit de savoir. Sauf que tout le débat sur l’existence ou non de ce droit et sa pratique est écarté ; défendre la liberté de l’information, c’est évidemment partir du principe qu’elle existe.

[Hors sujet : suis-je le seul à imaginer l’Information, incarnation de l’information, gambader dans un pré, libre et nue, défendue par de courageuses chartes ?]

 

3. Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents

Voilà sans doute la première erreur fondamentale de cette « charte (sic)». En effet, jusqu’ici nous étions en présence d’idéaux vagues et consensuels, mais maintenant on transpose carrément une règle « classique » au monde virtuel.

Exit les problématiques par trop matérialistes comme l’instantanéisation de la transmission de l’information exigée par les patrons de presse aux journalistes, la baisse de leur pouvoir d’achat, les heures supplémentaires à rallonge, la nécessité de se confronter à un monde (virtuel) qu’ils ne connaissent ni ne maîtrisent, etc. Peu importe tout cela : il faut vérifier ses sources, comme avant, mais plus vite. Respecter la vérité, comme avant, mais plus vite. En gros, amis journalistes, sans une augmentation de 200% de votre productivité horaire (et bien oui, entre les réductions de postes, et l’augmentation de la production qu’on vous demande, ce sera à peu près cela), vous allez galérer pour respecter ce principe.

On passera rapidement sur le « ne pas altérer les textes et les documents » ; c’est triste, mais ce n’est pas aujourd’hui que les journalistes acquerront le droit de controuver leurs sources.

 

4. Ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents

Vous avez aimé le concept de vérité ? Vous adorerez celui de loyauté ; aussi flou, aussi vide, aussi moralement imprégné du miel de la pensée consensuelle.

Sachez résister, amis journalistes, à l’appel du scoop déloyalement acquis ; bon, vous n’avez pas pu vous doucher ce matin ni dormir hier soir, vous n’allez tout de même pas commencer à faire votre boulot ce matin. Non, sachez respecter (sic) votre nouvelle profession, interface entre la caisse de résonance et le relai publicitaire. N’osez pas mordre la main qui vous nourrit (à peine) avec des méthodes déloyales.

Elle est où la Charte de la Loyauté d’ailleurs ? Lire un courrier anonyme révélant des informations sur un sujet d’importance capitale, et y faire écho, c’est déloyal ? La déloyauté est-elle du côté de celui qui fournit l’information, ou de celui qui la publie ? Et depuis quand les médias fonctionnent-ils comme un tribunal ?

A noter que c’est au niveau de ce point que @rrêt sur images connecte les mots « déloyal » et « hacker », pour une mystérieuse raison. On pourrait penser qu’un site spécialisé dans le décorticage de l’information médiatique est au courant de l’abus de langage actuel, qui conduit les médias (« lémédias + @si ?) à assimiler hacker et pirate informatique. On ne développera pas ici ce point, les sources étant multiples (Wikipédia : Hacker).

 

5. S’obliger à respecter la vie privée des personnes

Idem que pour le point n°4 ; que les monte-en-l’air du dimanche passent leur chemin, il n’est toujours pas déontologiquement permis d’être irrespectueux (tiens, encore le respect) envers la vie privée des personnes ; leur vie publique, pourquoi pas, mais la vie privée JAMAIS.

 

6. Rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte

Un erratum est facilement diffusable dans le journalisme classique. Pour les médias virtuels, il est beaucoup plus problématique : quid de l’indexation par les moteurs de recherche (en particulier Google et sa fonction cache), les flux RSS, les alertes par email, la date de publication (que l’on peut modifier comme on le désire), les articles « miroirs » (le fait de les copier et diffuser depuis un autre point) etc.

Bref, on n’est pas rendu…

 

7. Garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement

Ouais, bon, le secret médicalo-médiatique doit être respecté (Marcel, ressert nous une tournée de respect s’teuplé) ; encore une transposition de norme du réel vers le virtuel.

Sauf qu’on touche ici à un problème extrêmement grave peu ou pas questionné. La cybersécurité des journalistes. Ce dernier, sur-diplômé, sous-payé, doit maintenant composer avec une réalité qui lui imposerait de disposer de connaissances avancées en sécurité informatique s’il veut protéger ses sources. Il n’en a pas le temps, donc il n’y connaît rien, donc ses sources ne sont pas protégées (à suivre sur IntStrat : Journaliste, hacker : la trop-évitable fusion).

 

8. S’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information

Merde, toujours pas le droit aux bakchich. Gageons que, au vu des sous-salaires des journalistes, ce point risque de devenir un vœu pieux.

 

9. Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs. Refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction

Apothéose finale, schizophrénie[1] ultime : amis journalistes, abhorrez ce que vous êtes devenus, culpabilisez de devoir vous compromettre avec les patrons de vos patrons (bref, ceux qui filent le pognon et vous font l’aumône à la fin du mois).

Les points précédents n’existent que pour vous préparer à cette sodomie conceptuelle : vous gobez les 8 premiers points, ne pouvez les respecter, et en éprouvez de la souffrance ; vous n’en serez que plus manipulables.

Anti-hédonisme primaire, masochisme professionnel, philosophie de la souffrance.

 

Simplisme, angélisme, idéalisme. Cette charte déontologique est bien mignonne, mais ne semble tenir compte d’aucune des problématiques que les nouveaux médias doivent affronter : indépendance financière ; redéfinition des rôles (fusion « journaliste-commercial ») ; insécurité chronique de la profession (financière, informatique, horaire) ; démocratisation de la transmission informationnelle mais recherche d’un modèle économique n’excluant pas l’exclusion par l’abonnement ; attirance pour l’audience ; répulsion du subjectif, de l’engagement ; inconscience technologique.


[1] Dédicace à @si : le mot schizophrénie est couramment utilisé dans le registre ironique pour désigner ce qui n’est en réalité qu’une des complications de quelques cas de la maladie, à savoir le dédoublement de personnalité ; le schizophrène se caractérise surtout par sa dépression chronique et pathologique.

Faut-il avoir peur d’un gouvernement islamiste au Maroc?

Publié le par Jakob Hoeber - 0 commentaire(s) à cet article

Dès le début du mouvement du Printemps Arabe, la peur régnait, en Occident et ailleurs, au sujet des dirigeants pressentis, officiellement laïques et officieusement au service de l’argent pourraient être remplacés par les partis islamistes. Une peur qui s’est, avec la victoire de Ennahda en Tunisie et les violences entre musulmans et coptes en Égypte, avérée comme fondée.

Cette islamisation de la sphère politique pourrait maintenant toucher le « bon élève » du Maghreb, le Maroc, où le roi a su, jusqu’à maintenant, naviguer habillement entreles écueils qui ont blessé ses homologues en Afrique du Nord. Les élections sont prévues pour le 25 Novembre – et les chiffres (que le gouvernement préfère cacher pour le moment et dont les rumeurs servent la mobilisation politique laïque) prévoient une victoire des islamistes, rassemblés derrière le Parti de la Justice et du Développement (PJD).

Similitudes et différences

Pourtant, la plupart des explications avancées pour expliquer la réussite d’Ennahda en Tunisie ne sont pas applicables au Maroc. La performance économique est bonne, dans la rue on rencontre le sentiment que les citoyens croient à un futur meilleur, il n’y a pas eu de révolution qui aurait promis des miracles à venir, etc. Et pourtant, il est possible d’anticiper un virage vers un islam politique.

Cela tient déjà à la mobilisation de l’électorat : les partis islamistes atteignent généralement mieux la population rurale et conservatrice ; leur crédibilité est plus élevée, en raison notamment de la synergie culturelle. Leur image est souvent meilleure que celle des partis populaires, à l’électorat citadin, plus aisé et mieux éduqué (même si en réalité les membres des partis musulmans ont été aussi souvent impliqués dans des scandales de détournement de fonds que leurs homologues historiques). Ils ont également un fort réseau décentralisé qui sert à mobiliser la population. Quant aux partis non-islamistes, ils préfèrent tourner autour de la cour royale au lieu de faire la campagne électorale.

Paradoxalement, et alors que l’auteur de ces lignes ne cherche qu’à informer, cet article est de ceux qui renforcent les partis islamistes. En effet, la mobilisation contre l’ingérence du religieux dans la sphère publique augmente la visibilité du premier (tout le monde en parle) et l’authenticité (les partis au pouvoir ne font rien sauf se liguer contre les islamistes. En 2007, cette stratégie de mobilisation avait fonctionné pour les partis non-islamistes ; cette fois, la logique pourrait s’inverser.

Faut-il avoir peur d’un gouvernement islamiste?

Oui et non [ndrl : évidemment!] D’un côté, on cite souvent la Turquie comme exemple et idéal d’un gouvernement islamiste au Maroc. Les Turcs ont réussi à lier la religion à un système politique moderne et efficace. Cela est suffisamment méritant pour inspirer les têtes marocaines et arabes – et aussi pour légitimer un gouvernement islamiste.

Or, ni le Maroc ni ses homologues arabes ne ressemblent à la Turquie des années 20. D’une, il manque un personnage clé comme l’était Moustapha « Ataturk » Kemal. Mohammed VI, le roi du Maroc, aurait probablement suffisamment de crédibilité pour mener le pays vers un tel futur, mais il est une exception. A part cela : pas de sentiment d’humiliation post-impériale, pas de nationalisme qui rallierait la population, pas d’ordre mondial clair qui permettrait une orientation vers une culture revendiquée comme supérieure, etc. Le modèle turc a donc peu de chances d’être transposable au Maroc, mais a quand même le mérite de proposer une normalisation des relations entre religion et politique (démocratique).

Le problème d’un gouvernement islamiste est dual, avec un côté imaginaire et un côté bien réel : il est vrai que les craintes d’une islamisation de la société, au détriment des droits de liberté mais aussi du système démocratique (déjà très jeune et par conséquence très faible) pourraient s’avérer comme fondées, laissant les pays évoluer d’une dictature laïque vers une dictature religieuse (notamment en Tunisie). Il faut pourtant noter que ce risque n’est pas lié spécifiquement à l’Islam mais à la faiblesse des institutions en général : une dictature militaire ou basée sur une toute autre idéologie est également possible. Si on regarde de près les partis islamistes, on se rend compte que, eux aussi, ne sont que rarement propulsés par la religion mais plutôt par la volonté au pouvoir…

On s’aperçoit que le Roi Mohammed VI craint une victoire islamiste, pas en raison de leur programme, mais à cause de l’image que cela donnerait du pays en Europe et en Amérique du Nord. En effet, il estime (comme le révélait d’ailleurs Wikileaks) que le climat des affaires serait endommagé par un tel gouvernement. C’est donc la croyance occidentale qui fait qu’un gouvernement islamiste soulève des problèmes dans les relations diplomatiques dans leur ensemble, nonobstant les programmes politiques réels. La crainte du roi du Maroc est partagée par les élites d’affaires marocaines, mais aussi tunisiennes.

Il faut normaliser le rapport avec l’Islam politique

Une solution serait une normalisation des relations et des rapports aux partis islamistes. En Allemagne, le parti au pouvoir port le nom « chrétien » ; idem dans plusieurs pays européens. Le clash culturel n’est jamais inévitable, et il est souvent autoréalisé. Il arrive lorsqu’un gouvernement n’est plus prêt à accepter une religion et une autre pensée autre que la sienne.

Chaque début de démocratie est une aventure qui engendre forcement des échecs. Plus l’on parle des islamistes, plus on leur accorde de crédibilité et de visibilité (peut-être à raison d’ailleurs). Il s’agit de dégonfler la bulle qui s’est créée autour des « barbus » et de la prière musulmane ; comprendre que l’Islam est partie intégrante de la culture de ces pays ; accepter que le Christianisme et l’Islam ne sont pas deux modus vivendi qui s’excluent ; et aussi avoir assez de confiance dans le modèle de société européen pour laisser travailler son rayonnement plutôt que d’imposer son Weltanschauung. C’est seulement avec ces mesures l’Europe arrivera à créer une réelle union autour de la Méditerranée, et des relations durables et fécondes avec les pays du Proche-Orient.

Cet article a été classé dans Politique et taggué par , , , , , .
Page 1 sur 41234