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décembre 11, 2019
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Economie

Crise de la dette européenne : la Grèce face à la procyclicité

Dans ses dernières déclarations, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, affirme : « Il faut absolument éviter tout ce qui aboutirait à une déclaration de défaut, parce que ce serait un risque extraordinairement grave pour le financement de l’économie grecque. Par répercussion, cela pourrait l’être pour le financement d’un certain nombre de régions de la zone euro.«

Derrière ces mots se cache la procyclicité, ces fameux comportements allant dans le sens du marché, et s’auto-renforçant avec le temps. En effet, un éventuel défaut grec entraînerait une suspicion de défaut envers les économies placées dans le même sac. Une spirale négative se créerait alors, et la contagion tant redoutée reprendrait de plus belle, pour toucher le le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, et pourquoi pas l’Italie, et la Belgique…

La politique actuelle, que l’on pourrait qualifier d’autisme économique, est-elle, pour autant, la bonne? Certes, en évitant de considérer comme une option la restructuration de la dette grecque, la zone Euro se protège à court terme d’une hausse trop élevée des taux obligataires.

Mais les marchés ne sont pas dupes! (pour une fois) En refusant d’admettre le caractère nécessaire de la restructuration grecque, les autorités européennes perdent, aux yeux des marchés, le peu de crédibilité qui leur restait. Par conséquent du temps est certes gagné, mais rien n’est réglé.

La crise européenne a atteint une date charnière ; la suite des évènements déterminera quel type de procyclicité prévaudra. Soit une solution non-considérée par les marchés comme un défaut de facto de la dette grecque est trouvée, et l’on pourra réellement parler de sortie de crise (car toute nouvelle annonce s’inscrira dans une optique optimiste). Soit une restructuration est effectuée, la Grèce est considérée, de fait, comme étant en situation de défaut, et la crise européenne empirera.

Notons également l’incroyable culot de Standard & Poor’s, l’agence de notation américaine, qui a récemment déclaré que, quelle que soit la solution que prendra l’UE vis à vis de la Grèce, cela sera considéré comme un défaut de facto et se soldera par un abaissement de sa notation (déjà la plus basse au monde). Les agences de notation se veulent neutres, elles sont en réalité procycliques. L’autisme dont font preuve ces agences en refusant de reconnaître leur influence sur les marchés, leur subjectivité économique et la sévérité avec laquelle elles regardent les marchés, sont autant de raisons de mettre en cause leur influence procyclique.

Plus que jamais, les autorités européennes cherchent à restaurer la confiance. Les plans d’austérité draconiens (et malhonnêtes) appliqués ces derniers mois n’ont pas fonctionné, et font payer la totalité du coût de la crise financière aux populations.

Rien n’a changé depuis 2008, faisais-je remarquer il y a quelques mois. Je me trompais ; avec des plans de soutiens aux institutions financières aussi coûteux qu’inutiles et injustes (car faisant payer le prix de la crise aux populations, et non aux financiers) et avec l’application de solutions conjoncturelles à des problèmes structurels qui ont réglé le problème de liquidité mais qui n’ont pas rétabli la confiance : la situation est pire.

(Et si on décidait de ne pas rembourser nos dettes publiques, tous?)

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