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décembre 11, 2019
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Cyberdefense

Cyberguerre : entre idéologie, pragmatisme et dogmatisme

Le 14 décembre 2010, à l’espace Kiron, dans le 11ème arrondissement de Paris, s’est tenue une conférence sur le thème de la cyberguerre. Organisée par l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) et animée par 4 intervenants (François Chauvancy, officier projets au CICDE, Eric Filiol, expert militaire en sécurité informatique et Directeur de recherche à l’ESIEA, Daniel Ventre, ingénieur au CNRS et chargé de cours à Télécom ParisTech, et François-Bernard Huyghe, chercheur à l’IRIS et responsable de l’Observatoire Géostratégique de l’information) cette conférence fut l’occasion d’aborder de nombreuses problématiques.

Si les aspects économiques ont été assez peu évoqués, nous nous intéresserons principalement à l’ouverture du débat sur l’idéologie.

Sur le plan technique, les « hacktivistes » ne sont pas plus doués que leurs camarades moins militants. S’il peut leur arriver de faire preuve d’une réelle originalité d’approche dans la résolution de certains problèmes (sans doute corrélée à cette ferveur caractéristique de l’engagement idéologique), il serait prématuré de conclure à la supériorité technique du politique sur l’apolitique.

La compétence n’est pas corrélée à la cause ; les moyens sont rarement proportionnels aux fins.

C’est à ce sujet que la conférence prend, à mon sens, la tournure la plus intéressante ; la thèse sous-jacente à l’intervention de quelques intervenants est la suivante : la technique importe peu, seul l’objectif est digne d’intérêt.

Mais les intervenants ne semblent pas d’accord. Les discours se succèdent, et révèlent les positions, idéologiques justement, de chacun des invités. Au Va-t-en-guerre de l’extrême-droite s’oppose la nouvelle vague de l’extrême-gauche.

Pour François Chauvancy, c’est clair : la France est en guerre. Cette position est la conséquence de sa vision classique du cyberespace, prolongement des autres champs de batailles historiques (terre, mer, air, espace). « La France doit gagner cette guerre », affirme-t-il. Il ne saurait en être autrement. Il en va de sa survie de « grande puissance ».

Daniel Ventre détonne au sein des intervenants. Déjà, c’est le plus jeune. Son discours et ses prises de position démontrent d’un sens aigu du pragmatisme ainsi que d’une conscience évidente de la nécessaire évolution que doit connaître la France dans son rapport à l’Internet en tant qu’instrument géopolitique de puissance.

Selon François Chauvancy, la conception française du cyberespace a certes accumulé un certain retard par rapport à d’autres pays, mais ce retard est en train d’être rattrapé. Daniel Ventre ne conteste pas ; mais n’approuve pas non plus.

Mais une guerre ne se décrète pas. Les chances de remporter un conflit n’augmentent pas si l’on confond bataille rangée et guérilla. Le décalage générationnel qui existe entre certaines élites et les positions idéologiques de jeunes Etats-Nations est peut-être en passe d’être comblé par la France ; mais il reste à espérer (et agir) pour que le pragmatisme remplace le dogmatisme sclérosé.

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