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décembre 11, 2019
intelligence strategique
Geopolitique

États-Unis et assouplissement monétaire : la Fed persiste!

Et oui, une fois de plus IntStrat se dresse pour commenter les ubuesques décisions de la Réserve Fédérale américaine, engagée dans ce qu’il convient d’appeler une véritable fuite en avant en matière de politique monétaire expansionniste. Après la fameuse politique d’assouplissement quantitatif (largement commentée sur notre site : Ben Bernanke : l’art de discourir sur le passé pour ne pas évoquer le présentCrise de la dette américaine : une prophétie autoréalisatrice en action, entre autres), l’examen des minutes de la dernière réunion de la Fed (disponible : ici) démontre que l’institution américaine est sur le point d’ouvrir un nouveau « round » d’assouplissement monétaire.

La baisse de la consommation intérieure, signe avant-coureur de déflation?

 

Le diagnostic de la Fed est le suivant : les performances économiques des États-Unis ralentissent, le chômage se maintient à un haut niveau, l’inflation a baissé (à noter pour plus tard), et une certaine incertitude se maintient quant à l’avenir en raison de la persistance de la crise de la dette européenne et d’une croissance économique mondiale attendue plus faible que prévu.

A plusieurs reprises, la Fed note l’aspect « rassurant » de l’inflation, contrôlée, limitée, stable ; voire même plus faible que les 2% « autorisés ».

« Most members continued to anticipate that, with longer-term inflation expectations stable and the existing slack in resource utilization being taken up very gradually, inflation would run over the medium term at a rate at or below the Committee’s objective of 2 percent. »

Ce besoin de se rassurer quant à la hausse des prix trouve sa source en la volonté de justifier de nouvelles mesures monétairement expansionnistes, essentiellement source d’inflation. Il ne faut pas oublier que la politique d’assouplissement quantitatif, équivalent moderne de la planche à billet, a pour but de lutter contre son opposé : la déflation (ou baisse des prix). Les risques de déflation sont-ils réels aux États-Unis ? La Fed, implicitement, juge que oui, quand elle évoque la baisse de la consommation des ménages. Quand il est question d’une économie aussi dépendante de sa demande intérieure comme les États-Unis, voir celle-ci ralentir n’augure jamais rien de bon.

Incertitude et aveuglement

 

Évidemment, les membres de la Fed ne sont pas des idiots ; leur raisonnement fait sens. Baisse de la consommation intérieure, ergo risque de déflation, ergo renforcement de la politique d’assouplissement monétaire. Le problème est qu’une nouvelle fois le long terme est sacrifié sur l’autel de la conjoncture. La Fed, depuis la crise des subprimes, maintient son taux directeur presque à zéro, ce qui décourage l’épargne et favorise (théoriquement) la consommation ; de plus, elle intervient sur le marché des obligations en achetant des titres américains, maintenant les taux à long terme à un niveau très bas.

La politique d’assouplissement quantitatif, ou comment multiplier les dollars sans en payer le prix

 

Cette politique est court-termiste, car elle ne règle aucun des problèmes structurels de l’économie américaine (dépendance aux importations, sur-endettement de l’économie et des ménages, dollar monnaie de référence mondiale mais variable d’ajustement).

Une nouvelle justification fait cependant son apparition : le faible niveau de l’inflation, imputé par la Fed elle-même à une baisse du prix du baril de brut, et qui autoriserait un nouvel assouplissement. Cela est d’autant plus paradoxal que les États-Unis, et donc la Fed, ne contrôlent absolument pas l’évolution de ce prix, et demeurent donc à la merci d’évènements susceptibles de faire flamber à nouveau le cours du pétrole (au hasard : un conflit en Syrie, en Iran ou en Israël).

Ainsi, au lieu de voir l’absence d’inflation malgré une politique monétaire incroyablement souple comme un signal inquiétant, celle-ci sert à justifier un assouplissement supplémentaire. Les États-Unis sont sous la menace d’une potentielle inflation importée (si nouvelle hausse du prix de l’énergie), mais également d’une déflation consécutive à une nouvelle baisse de la consommation des ménages. Prise entre le marteau et l’enclume, la Fed a choisi : Vive l’inflation!

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