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décembre 11, 2019
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Geopolitique

Inflation, déflation et stagflation : les raisons de la crise économique américaine à venir

Il est assez troublant de voir un haut fonctionnaire américain, dont l’influence sur les marchés est déterminante, employer le champ lexical de la croyance plutôt que  celui de la raison.

Et pourtant, le Président du bureau des gouverneurs de la Réserve Fédérale, Ben Bernanke, a récemment déclaré qu’il ne croyait pas à un retour de l’inflation aux États-Unis. Quelle surprise. Après avoir affirmé sa foi en la reprise économique malgré l’absence quasi-totale de signaux positifs (lire : Économie américaine : le paradoxe logique), l’opération de désinformation à vocation anti-autoréalisatrice continue!

Ben Bernanke ne croit pas à l’inflation. Soit. Mais il aurait pu ponctuer son discours d’autres lapalissades du même genre ; il est probable qu’il ne croit pas non plus à un chômage qui passerait sous la barre des 2%, à une croissance économique qui dépasserait les 5%, ou à une orthodoxie budgétaire atteinte dès 2012. Peut-être même ne croit-il pas aux extra-terrestres.

Mauvais esprit mis de côté : bien évidemment, Ben Bernanke ne croit pas au retour de l’inflation, car il sait bien que la principale menace qui pèse sur l’économie américaine est son exact opposé : la déflation (ou baisse des prix). D’ailleurs, la politique de quantitative easing, si chère (dans tous les sens du terme) à la Fed, cherche à lutter contre cette menace. Pourquoi? Car les États-Unis sont le Débouché du Monde, et si le marché de la demande s’y effondre, c’est toute l’activité économique qui suivra. Et l’on sait ce qui arrive aux échanges internationaux quand les États-Unis cessent de consommer…

La Fed, en injectant des liquidités et en facilitant l’accès au crédit, joue un rôle majeur de soutien à la consommation. Les ménages américains épargnent incroyablement peu, ce qui est encouragé par les faibles taux d’intérêt maintenus actuellement par la Fed ; à 0,25%, soit moins que l’inflation, ce qui fait dire aux investisseurs que l’heure est à la répression financière. En décourageant l’épargne, on favorise la consommation et le crédit, et la menace d’une baisse des prix consécutive à une contraction de la demande s’éloigne naturellement.

La tradition allemande, conséquence du traumatisme bien connu de l’hyperinflation qu’avait vécue la République de Weimar dans les années 1920, fait de la lutte contre l’inflation le cheval de bataille de toute institution monétaire un peu sérieuse. Ce que l’on occulte bien souvent, c’est que l’inflation est également le symptôme d’une économie en expansion, où la consommation en se développant tire la croissance économique vers le haut.

La déflation est bien plus à craindre que l’inflation, car elle est le signe d’une contraction sévère de la demande des ménages, qui est l’un des moteurs les plus essentiels de la croissance économique.

Certes, l’inflation chinoise conjuguée à la hausse du prix de l’énergie entraînera une hausse des prix sur le marché américain. Mais M. Bernanke sait bien que le spectre d’une inflation modérée venant de Chine est moins à craindre que celui d’une déflation durable, qui devrait pointer le bout de son nez avec la fin de la politique de QE2 (qui faisait de la Fed le premier acheteur de bons du Trésor US).

Mais si, à moyen terme, une déflation semble inévitable (la demande des ménages américains ne pourra durablement se maintenir à un niveau aussi élevé), le risque majeur pour 2011 est  peut-être celui de la stagflation, à savoir la simultanéité d’une inflation modérée, venant de Chine et de la tendance actuelle du marché de l’énergie, et d’une stagnation de la croissance économique plombée par une consommation des ménages en berne (+0,1% au dernier trimestre).

A moins d’un effondrement du système dollar..? (lire : Crise de la dette américaine : une prophétie autoréalisatrice en action)

Inflation, déflation, stagflation : les perspectives économiques américaines sont décidément bien sombres.

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