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décembre 12, 2019
intelligence strategique
Geopolitique

Libye : l’imbroglio européen

Les tergiversations de l’Union Européenne sur la manière de gérer la crise libyenne ont illustré une nouvelle fois les difficultés que rencontre cette dernière à élaborer, structurer une vision commune quant à sa politique étrangère de sécurité.

L’action extérieure de l’UE, qui est censée avoir « gagné en cohérence, en efficacité et en visibilité (sic) » depuis le traité de Lisbonne, a quasiment été imperceptible dans cet épisode, tant par le manque de réactivité – ou de volonté ? –  des institutions censées élaborer celle-ci, que par l’absence d’une vision commune partagée par l’ensemble des États membres.

D’un côté, Catherine Ashton, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, et donc « vitrine » de l’UE en matière d’affaires étrangères, a pu, par un comportement pouvant paraître hésitant, desservir l’Union. Alors que dans un premier temps elle condamnait les actes commis par le régime de Kadhafi en soutenant notamment la résolution onusienne du 26 février, elle a par la suite déconcerté ses partenaires européens par une série de déclarations allant à l’encontre de ses fonctions et de la volonté du Parlement européen. Rappelons qu’alors que ce dernier réclamait la reconnaissance du Conseil National de Transition libyen, elle  refusait cette demande et mettait en doute la faisabilité d’une zone d’exclusion aérienne sur le territoire libyen. Rappelons aussi que Mme Ashton, contrairement à ce que prévoit sa fonction – faire des propositions aux 27 sur l’action extérieure de l’UE – a déclaré qu’elle ne pouvait pas prendre position sur ce dossier et que c’était « aux États de prendre la décision ». Puis, quelques temps après, en mai plus précisément, la Haute représentante était à Benghazi pour l’inauguration d’un bureau de représentation et en profitait pour affirmer le soutien de l’UE au peuple libyen dans les secteurs des «  des réformes sécuritaires, de l’économie, de la santé, de l’éducation, et bien sûr de la société civile », sans cependant reconnaître officiellement le CNT.

Si l’action de la Haute représentante peut être critiquée, il en va de même pour celles des États membres qui n’ont pas su exprimer une vision claire concernant la crise libyenne. Entre les partisans d’une ligne dure – France, Grande-Bretagne -, les pays proches géo-économiquement et donc prudents – Italie, Chypre, Grèce -, ceux plus enclins à une approche pacifique – Suède –  et l’hésitante Allemagne, l’Union Européenne est apparue – une nouvelle fois – indécise sur une question internationale, sans toutefois atteindre le niveau de tension de 2003. Les différents débats entre les partenaires européens ont par ailleurs éclipsé les actions concrètes de l’UE contre le régime de Kadhafi, tels le gel des avoirs et l’embargo sur les armes, et alourdi la gestion de la crise libyenne.

Cet exemple illustre les limites de la politique étrangère de sécurité européenne. Tiraillée entre des dirigeants européens qui ne semblent pas avoir la volonté politique d’utiliser les outils mis en place pour la développer, et des États membres aux visions divergentes quant à la manière d’agir, l’Union Européenne semble encore avoir des difficultés à établir rapidement un  positionnement clair sur des événements qui lui sont proches ; ce qui à moyen terme, pourrait être néfaste quant à sa crédibilité sur la scène internationale, notamment auprès de ses voisins.

Cette situation est regrettable, dans un contexte où le coût du maintien d’un effort de sécurité devenant de plus en plus complexe pour les États, le développement d’une véritable politique commune de sécurité – passant par la constitution d’une Europe de la défense ? – constitue peut-être le seul moyen pour pérenniser l’action extérieure de chaque État. Faut-il encore que ces mêmes États osent réformer leur vision d’un domaine qui demeure encore sensible car considéré comme une expression cruciale de leur libre-arbitre.

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