Réponse immédiate
L’intelligence économique est la maîtrise de l’information stratégique par une entreprise, un territoire ou un État : la chercher, l’analyser, la protéger et s’en servir pour peser sur son environnement. Elle repose sur trois piliers, veille, protection et influence. En France, aucune loi ne la définit ; l’action publique se concentre aujourd’hui sur la sécurité économique, pilotée par le SISSE à Bercy et coordonnée avec le SGDSN.
Intelligence économique : définition
L’intelligence économique désigne l’ensemble des pratiques par lesquelles une organisation recherche, traite, protège et exploite l’information utile à sa stratégie. Le terme s’est imposé en France avec le rapport du groupe de travail « Intelligence économique et stratégie des entreprises » du Commissariat général du Plan, présidé par Henri Martre et publié en 1994. Le rapport d’information du Sénat de juillet 2023 rappelle que sa définition reste la plus citée : l’intelligence économique y est décrite comme « l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution en vue de son exploitation, de l’information utile aux acteurs économiques ». Le rapport Martre précisait que ces actions sont menées légalement, en protégeant le patrimoine de l’entreprise.
Le même rapport sénatorial souligne qu’il n’existe pas de définition législative de l’intelligence économique. La définition administrative la plus citée figure dans la circulaire interministérielle du 15 septembre 2011, selon laquelle elle consiste « à collecter, analyser, valoriser, diffuser et protéger l’information économique stratégique, afin de renforcer la compétitivité d’un État, d’une entreprise ou d’un établissement de recherche ».
Deux précisions évitent les contresens. D’abord, l’expression peut se lire comme une traduction de l’anglais economic intelligence, c’est-à-dire « renseignement économique » ; mais, dans son acception française, l’intelligence économique repose largement sur l’information en sources ouvertes, sans recours aux techniques de renseignement réservées à l’État, comme le relève le Sénat. Les méthodes correspondantes sont détaillées dans notre article sur l’OSINT. Ensuite, selon plusieurs personnes auditionnées par les sénateurs, la notion pourrait être remplacée, pour l’action de l’État, par deux notions plus opérationnelles : la sécurité économique (défensive) et la promotion économique (offensive).
Les trois piliers de l’intelligence économique
Le rapport du Sénat décrit, pour les entreprises, trois piliers qui donnent chacun lieu à des actions différentes. Ils se retrouvent dans la plupart des présentations de la discipline.
| Pilier | Objet | Exemples d’actions | Cadre juridique à connaître |
|---|---|---|---|
| Veille | Rechercher, recueillir et analyser l’information pour établir un diagnostic fiable de l’environnement | Veille technologique, concurrentielle, réglementaire | Droit d’auteur pour la rediffusion, RGPD pour les données personnelles |
| Protection | Prévenir le pillage et protéger savoir-faire et informations stratégiques | Classement de l’information, sensibilisation, sécurité des systèmes, contrats | Secret des affaires (code de commerce, articles L151-1 et suivants), PPST |
| Influence | Convaincre, séduire ou dissuader les décideurs de l’environnement de l’entreprise | Affaires publiques, normalisation, présence dans les instances | Répertoire des représentants d’intérêts (loi du 11 octobre 2013) |
La veille
C’est le pilier le plus connu : surveiller en continu les technologies, les concurrents, les règles et les débats qui concernent l’organisation. Sa méthode (axes de surveillance, sources primaires, tri, diffusion) est détaillée dans notre article sur la veille stratégique.
La protection
Protéger, c’est d’abord savoir ce qui mérite de l’être. Le code de commerce protège au titre du secret des affaires l’information qui n’est pas généralement connue ou aisément accessible, qui a une valeur commerciale du fait de son caractère secret et qui fait l’objet de mesures de protection raisonnables (article L151-1, créé par la loi du 30 juillet 2018). La troisième condition est la plus souvent négligée : sans mesures de protection, pas de secret protégé. Du côté de l’État, le SGDSN pilote le dispositif de protection du potentiel scientifique et technique de la nation (PPST), fondé sur l’article 413-7 du code pénal, qui permet de contrôler l’accès physique et logique à des zones à régime restrictif (ZRR).
L’influence
L’influence consiste à peser sur les décisions qui encadrent l’activité : textes, normes, marchés publics, opinion. Elle est encadrée. La loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique définit, à son article 18-2 (version en vigueur depuis le 23/02/2022), les représentants d’intérêts, dont un dirigeant, un employé ou un membre a pour activité principale ou régulière d’influer sur la décision publique. Ils doivent s’inscrire au répertoire tenu par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, consultable en ligne. L’influence licite s’arrête là où commencent la désinformation et la manipulation.
Guerre économique et sécurité économique
L’expression « guerre économique » appartient au débat public plus qu’au droit. Le rapport du Sénat note que le rapport du député Bernard Carayon de 2003 reprenait les constats du rapport Martre et décrivait des rapports géoéconomiques entre États qui s’apparentent à une « guerre économique ». Aucun texte n’en donne de définition juridique.
La sécurité économique, elle, est définie par un décret. Selon l’article 1er du décret n° 2019-206 du 20 mars 2019, la politique de sécurité économique vise la défense et la promotion des intérêts économiques, industriels et scientifiques de la Nation, notamment de ses actifs matériels et immatériels stratégiques, et inclut la défense de la souveraineté numérique. C’est aujourd’hui le cadre principal de l’action publique dans ce domaine.
Le dispositif public français d’intelligence économique
L’organisation de l’État a changé à plusieurs reprises. Le rapport du Sénat parle d’une structuration erratique et relève que les structures interministérielles créées depuis 2003 n’ont pas duré. Le tableau retrace les étapes vérifiées sur les textes ou sur le rapport sénatorial.
| Année | Structure | Rattachement | Source |
|---|---|---|---|
| 1995 | Comité pour la compétitivité et la sécurité économique (CCSE) | Présidé par le Premier ministre, secrétariat assuré par le SGDN | Rapport du Sénat, 2023 |
| 2003 | Haut responsable à l’intelligence économique | Placé auprès du SGDN | Rapport du Sénat, 2023 |
| 2009 | Délégué interministériel à l’intelligence économique | Auprès du secrétaire général du ministère chargé de l’économie | Décret n° 2009-1122 du 17 septembre 2009 (abrogé) |
| 2013 | Délégué interministériel à l’intelligence économique (D2IE) | Auprès du Premier ministre, gestion par le secrétariat général du Gouvernement | Décret n° 2013-759 du 22 août 2013 (abrogé) |
| 2016 | Commissaire à l’information stratégique et à la sécurité économiques et SISSE | Auprès du ministre chargé de l’économie | Décret n° 2016-66 du 29 janvier 2016 (abrogé en 2019) |
| 2019 | Gouvernance de la politique de sécurité économique : comité de liaison, commissaire, SISSE | Comité présidé par le SGDSN ; SISSE rattaché au directeur général des entreprises | Décret n° 2019-206 du 20 mars 2019, modifié en 2020, en vigueur |
Le SISSE
Le Service de l’information stratégique et de la sécurité économiques (SISSE) élabore et propose la politique de sécurité et de protection des intérêts économiques de la France. Le décret de 2019 le rattache au directeur général des entreprises (DGE), et la DGE précise que son commissaire est aussi le directeur général des entreprises. Il s’appuie sur un réseau régional de délégués à l’information stratégique et à la sécurité économiques (DISSE), dont la DGE publie l’annuaire. Sur sa page consacrée à la politique de sécurité économique (mise à jour le 12/01/2026), la DGE décrit trois instruments : la participation au contrôle des investissements étrangers en France, l’accompagnement des entreprises au titre de la loi n° 68-678 du 26 juillet 1968 dite « loi de blocage » (renforcée par le décret n° 2022-207 du 18 février 2022), et le traitement d’alertes de sécurité économique. Elle y indique avoir traité 750 alertes en 2025.
Le SGDSN
Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) préside le comité de liaison en matière de sécurité économique. Selon le décret de 2019, ce comité coordonne l’instruction des décisions du conseil de défense et de sécurité nationale en matière de sécurité économique et le suivi de leur mise en œuvre ; le commissaire à l’information stratégique et à la sécurité économiques en assure le secrétariat. Le SGDSN pilote aussi le dispositif PPST.
Les autres acteurs publics
Le rapport du Sénat mentionne la DGSI, qui publie chaque mois un « Flash ingérence » présentant des actions d’ingérence économique visant des acteurs français. Les sénateurs recommandaient en 2023 de confier le pilotage de la stratégie nationale à un secrétariat général à l’intelligence économique inscrit dans la loi . Il s’agit d’une recommandation parlementaire : nous n’avons trouvé aucun texte qui l’ait mise en œuvre.
Méthode : appliquer l’intelligence économique dans une organisation
- Identifier ce qui est stratégique. Lister les décisions à venir, les savoir-faire critiques, les dépendances (fournisseurs, technologies, marchés).
- Monter une veille sur ces enjeux. Trois à cinq axes de surveillance, des sources primaires, un tri hebdomadaire.
- Classer et protéger l’information sensible. Définir ce qui relève du secret des affaires et prendre des mesures de protection raisonnables, faute de quoi la protection légale ne joue pas.
- Vérifier les partenaires. Contrôler l’identité, les dirigeants et les bénéficiaires effectifs d’un partenaire avant de s’engager : c’est l’objet de la due diligence.
- Organiser l’influence dans les règles. Recenser les instances (normalisation, fédérations, consultations publiques) où l’organisation doit être présente, et vérifier les obligations déclaratives auprès de la HATVP.
- Savoir à qui signaler. En cas de menace (approche suspecte, tentative de prise de contrôle, demande étrangère intrusive), le SISSE et son réseau régional sont les interlocuteurs publics désignés.
Métiers et formations
L’intelligence économique n’est pas une profession réglementée. Les fonctions qui s’en réclament se rattachent aux trois piliers : chargé de veille ou analyste (veille), responsable de la sûreté ou de la sécurité économique (protection), chargé d’affaires publiques ou de normalisation (influence). Dans l’administration, elles s’exercent notamment au SISSE et dans son réseau régional.
Nous n’avons trouvé aucune source publique vérifiable sur le nombre de professionnels ni sur leurs salaires : les chiffres qui circulent ne sont pas repris ici. Pour une formation, France compétences recommande de vérifier trois points avant de s’inscrire : l’enregistrement de la certification au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), son statut « active », et l’habilitation de l’organisme à y préparer.
Limites et précautions
- Légalité de la collecte. Le rapport Martre posait déjà que l’intelligence économique s’exerce légalement. L’obtention d’un secret des affaires sans le consentement de son détenteur, par accès non autorisé ou comportement déloyal, est illicite (code de commerce, article L151-4).
- Données personnelles. Surveiller des dirigeants ou des salariés d’autres entreprises revient à traiter des données personnelles : le RGPD s’applique, même aux informations publiques.
- Influence et transparence. Une action d’influence auprès de responsables publics peut faire entrer l’organisation dans le champ des représentants d’intérêts, avec des obligations déclaratives.
- Textes mouvants. Le dispositif public a changé souvent : vérifier la version en vigueur d’un décret sur Légifrance avant de s’y référer.
Questions fréquentes
C’est quoi l’intelligence économique ?
C’est la maîtrise de l’information stratégique : la rechercher, l’analyser, la protéger et l’exploiter pour décider et peser sur son environnement. La définition de référence est celle du rapport Martre de 1994.
Quels sont les 3 piliers de l’intelligence économique ?
La veille (recueillir et analyser l’information), la protection (du patrimoine matériel et immatériel, dont les secrets des affaires) et l’influence (agir sur les décideurs de son environnement, dans le respect des règles de transparence).
Qui sont les principaux acteurs de l’intelligence économique en France ?
Côté État : le SISSE et le commissaire à l’information stratégique et à la sécurité économiques à la DGE, le SGDSN qui préside le comité de liaison en matière de sécurité économique, et les services de renseignement comme la DGSI. Côté privé : les entreprises elles-mêmes, leurs fédérations et les cabinets spécialisés.
Quels sont les métiers de l’intelligence économique ?
Chargé de veille, analyste, responsable de la sûreté ou de la sécurité économique, chargé d’affaires publiques ou de normalisation. Aucun n’est une profession réglementée.
Quel est le salaire d’un analyste en intelligence économique ?
Nous n’avons trouvé aucune statistique publique vérifiable sur ce métier précis. Les fourchettes publiées en ligne ne précisent généralement ni échantillon ni méthode : elles ne sont pas reprises ici.
Sources
- « Anticiper, adapter, influencer : l’intelligence économique comme outil de reconquête de notre souveraineté », rapport d’information n° 872 (2022-2023), M.-N. Lienemann et J.-B. Lemoyne, commission des affaires économiques, Sénat, senat.fr, 12/07/2023.
- Décret n° 2019-206 du 20 mars 2019 relatif à la gouvernance de la politique de sécurité économique, Légifrance, legifrance.gouv.fr, version en vigueur consultée le 27/09/2026.
- Décret n° 2016-66 du 29 janvier 2016, Légifrance, legifrance.gouv.fr, abrogé le 22/03/2019, consulté le 27/09/2026.
- Décret n° 2013-759 du 22 août 2013 relatif au délégué interministériel à l’intelligence économique, Légifrance, legifrance.gouv.fr, consulté le 27/09/2026.
- Décret n° 2009-1122 du 17 septembre 2009, Légifrance, legifrance.gouv.fr, abrogé en 2013, consulté le 27/09/2026.
- « Service de l’information stratégique et de la sécurité économiques (SISSE) », Direction générale des Entreprises, entreprises.gouv.fr, consulté le 27/09/2026.
- « Consolider notre politique de sécurité économique », Direction générale des Entreprises, entreprises.gouv.fr, publié le 11/09/2024, mis à jour le 12/01/2026.
- « Protéger le potentiel scientifique et technique de la nation », SGDSN, sgdsn.gouv.fr, consulté le 27/09/2026.
- Code de commerce, articles L151-1 et L151-4, Légifrance, legifrance.gouv.fr, versions en vigueur depuis le 01/08/2018, consultées le 27/09/2026.
- Loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013, article 18-2, Légifrance, legifrance.gouv.fr, version en vigueur depuis le 23/02/2022, consultée le 27/09/2026.
- « Le répertoire des représentants d’intérêts », HATVP, hatvp.fr, consulté le 27/09/2026.
- « Votre futur diplôme est-il reconnu par l’État ? », France compétences, francecompetences.fr, 04/07/2023.
À jour au 27/09/2026.
PUBLIÉ LE 27.09.2026 · UNE ERREUR ? SIGNALEZ-LA