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Le NCSC britannique juge « hautement probable », soit 80 à 90 % sur l’échelle officielle du renseignement britannique, qu’un rançongiciel IA frappe une infrastructure critique du Royaume-Uni d’ici 2028. C’est un jugement prospectif, pas un constat : sur ses 337 incidents de l’année, le NCSC n’a vu aucun usage de l’IA créer un type d’attaque nouveau. En France, l’ANSSI n’a pas connaissance d’attaque menée à l’aide de l’IA contre des acteurs français.
Rançongiciel IA : ce que le NCSC a réellement écrit
Le National Cyber Security Centre, rattaché au GCHQ, a publié le 3 novembre 2026 sa revue annuelle 2026. Le document consacre plusieurs pages à l’effet de l’intelligence artificielle sur la menace. Le jugement qui a fait les titres est formulé ainsi, dans la partie consacrée aux évolutions technologiques :
« Il est également hautement probable qu’entre maintenant et 2028, un logiciel malveillant fonctionnant avec l’IA aura été utilisé dans une attaque par rançongiciel contre une infrastructure nationale critique du Royaume-Uni. » (NCSC, Annual Review 2026, traduction de la rédaction)
Trois précisions changent la lecture de cette phrase. La cible est l’infrastructure nationale critique britannique (énergie, eau, santé, transports), pas les entreprises en général. Le texte parle d’un rançongiciel IA utilisé au moins une fois, pas d’une vague d’attaques. Enfin, la phrase voisine porte sur les États : le NCSC juge hautement probable que la Chine, la Russie et d’autres États utilisent couramment l’IA dans leurs opérations d’ici 2028.
La section sur l’IA détaille le raisonnement. Le NCSC juge presque certain que l’IA agira comme un multiplicateur de force, et précise que son principal effet sera d’accélérer et d’étendre des techniques existantes plutôt que d’en créer de nouvelles. Il juge hautement probable que les opérateurs humains restent indispensables pour diriger et valider ce que produit l’IA. Sur les rançongiciels, il estime hautement probable que l’adoption de l’IA par les criminels augmente l’échelle et l’efficacité de leurs opérations, et probable que des outils open source conçus pour aider les chercheurs en sécurité soient détournés pour automatiser leurs méthodes.
Lire l’échelle de probabilité du renseignement britannique
Les mots « probable », « hautement probable » ou « presque certain » ont, dans une évaluation du NCSC, un sens fixé à l’avance. Ils viennent de l’échelle de probabilité de la profession d’analyse du renseignement britannique, la PHIA (Professional Head of Intelligence Assessment). Dans son évaluation de mai 2025 sur l’IA, le NCSC indiquait que sa cellule d’évaluation utilise cette échelle pour chaque jugement ou prédiction. La revue annuelle 2026 emploie les mêmes termes sans reproduire le tableau : c’est au lecteur de faire la conversion.
| Terme employé | Traduction | Probabilité approximative (échelle PHIA) |
|---|---|---|
| Remote chance | Chance infime | plus de 0 % à environ 5 % |
| Highly unlikely | Hautement improbable | environ 10 à 20 % |
| Unlikely | Improbable | environ 25 à 35 % |
| Realistic possibility | Possibilité réaliste | environ 40 % à moins de 50 % |
| Likely ou probable | Probable | environ 55 à 75 % |
| Highly likely | Hautement probable | environ 80 à 90 % |
| Almost certain | Presque certain | environ 95 % à moins de 100 % |
Source : gouvernement britannique, « Explaining uncertainty in UK intelligence assessment », publié le 24 mars 2025. Les fourchettes sont volontairement approximatives : la page indique que les termes servent à éviter qu’un jugement soit lu comme trop précis.
Appliquée au rançongiciel IA, la conversion donne une probabilité d’environ 80 à 90 % que l’événement survienne au moins une fois d’ici 2028. Ce n’est pas une certitude, et ce n’est pas non plus une estimation du nombre d’attaques. À l’inverse, l’entité d’IA autonome qui échapperait à son opérateur, reprise par plusieurs médias, n’est qu’une « possibilité réaliste », donc moins d’une chance sur deux, et elle figure dans un scénario volontairement pessimiste. Le NCSC précise que ce scénario ne cherche pas à prédire l’avenir mais à illustrer les conséquences de l’inaction.
Ce qui est mesuré, et ce qui est anticipé
La revue annuelle mélange deux natures d’information qu’un lecteur pressé confond facilement. La première est mesurée sur la période écoulée ; la seconde est un jugement sur l’avenir.
| Nature | Ce que dit le NCSC | Période |
|---|---|---|
| Mesuré | 1 831 signalements reçus, 337 incidents pris en charge, dont 80 d’importance nationale | 1er septembre 2025 au 31 août 2026 |
| Mesuré | 8 500 organisations alertées par le service Early Warning d’un signe de compromission | même période |
| Observé | Des attaquants commencent à intégrer des outils d’IA, sans qu’aucun usage observé n’ait permis une classe d’attaque nouvelle | même période |
| Anticipé | Rançongiciel IA contre une infrastructure critique : hautement probable | d’ici 2028 |
| Scénario | Acteur d’IA autonome hors de contrôle : possibilité réaliste | 2028, scénario pessimiste |
Les chiffres d’incidents eux-mêmes demandent de la prudence. La revue 2025 du NCSC, qui couvrait septembre 2024 à août 2025, comptait 429 incidents pris en charge, dont 204 d’importance nationale. Le passage à 337 et 80 ne prouve pas une baisse de la menace : la revue 2026 avertit elle-même que les incidents ne suivent pas une tendance simple d’une année sur l’autre, et que les pics passés tenaient souvent à quelques incidents majeurs. Elle attribue aussi une partie de l’écart aux alertes précoces, qui ont pu désamorcer des attaques avant qu’elles ne nécessitent une intervention.
Le constat de terrain du NCSC rejoint d’ailleurs ce qu’il anticipe : les compromissions réussies reposent encore surtout sur des failles connues, des identifiants volés et l’ingénierie sociale. L’IA, selon ses propres jugements, accélère ces méthodes avant d’en inventer d’autres.
Et en France : ce que dit l’ANSSI
L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information a publié le 4 février 2026 une synthèse de la menace intitulée « L’IA générative face aux attaques informatiques ». Son constat d’ouverture est plus réservé que celui du NCSC :
« À ce jour, l’ANSSI n’a pas connaissance de cyberattaques menées contre des acteurs français à l’aide de l’intelligence artificielle (IA) ou identifié en propre de système d’IA capable de réaliser de manière autonome l’intégralité des étapes d’une attaque informatique. » (ANSSI, CERTFR-2026-CTI-001)
L’agence juge pourtant « plausible » que ces technologies améliorent le niveau, la quantité et l’efficacité des attaques, surtout contre les environnements peu sécurisés. Elle cite un prototype de rançongiciel, PromptLock, conçu par des chercheurs de l’université de New York, qui génère ses scripts à l’exécution à partir de requêtes envoyées à un modèle de langage. Elle note aussi qu’il n’existe à ce stade aucun cas avéré d’exploitation d’une vulnérabilité jour-zéro découverte grâce à une IA générative.
La différence de vocabulaire compte. Le NCSC chiffre ses jugements sur une échelle publique ; la synthèse de l’ANSSI emploie « plausible » sans fourchette, et le conditionnel pour les faits rapportés par des tiers. Nous n’avons pas trouvé, à la date de cet article, d’évaluation française publique donnant une probabilité à horizon 2028 pour un rançongiciel utilisant l’IA.
Côté mesure, le Panorama de la cybermenace 2025 de l’ANSSI, publié en mars 2026, recense 128 compromissions par rançongiciel portées à sa connaissance en 2025, un nombre légèrement en baisse par rapport à 2024 (141 sur le graphique du panorama). Les PME, TPE et ETI restent les plus touchées, et la part des établissements de santé monte à 8 %. L’agence a traité 3 586 événements de sécurité, en baisse de 18 % après le pic des Jeux olympiques de 2024, et 1 366 incidents, un nombre stable.
Ce que cela change pour une organisation française
Pour un dispositif de veille stratégique, l’évaluation britannique est un signal à suivre, pas une alerte à relayer telle quelle. Elle porte sur le Royaume-Uni et sur ses infrastructures critiques ; elle ne dit rien de la probabilité qu’une PME française subisse un rançongiciel IA. Ce qui se transpose, en revanche, c’est le raisonnement : l’IA réduit le coût et le temps des attaques existantes, donc elle frappe d’abord ceux dont les défenses de base sont faibles.
Les deux agences convergent sur ce point. Le NCSC juge presque certain qu’un fossé se creusera entre les organisations capables d’adopter l’IA pour se défendre et les autres, et hautement probable que la découverte de vulnérabilités assistée par IA raccourcisse le délai dont disposent les défenseurs pour corriger. L’ANSSI relève de son côté que l’IA profite surtout aux attaquants déjà avancés et sert d’outil d’apprentissage aux autres. Dans les deux cas, la réponse prioritaire n’est pas un outil d’IA défensif mais la correction rapide des failles exposées, l’authentification forte et la préparation à l’incident.
Pour une démarche d’intelligence économique, ce type de document a une autre utilité : il montre comment une agence publique sépare ce qu’elle mesure de ce qu’elle anticipe, et comment elle chiffre son incertitude. C’est une discipline que peu de rapports privés sur la menace appliquent.
Méthode : lire une évaluation de la menace sans la sur-interpréter
- Remonter au document d’origine. Retrouver la publication de l’agence (ici le PDF de la revue annuelle sur ncsc.gov.uk), sa date et la période couverte, plutôt que l’article qui la résume.
- Séparer le mesuré de l’anticipé. Relever d’un côté les chiffres datés (incidents, signalements, période), de l’autre les jugements tournés vers l’avenir.
- Convertir les termes de probabilité. Pour un document britannique, traduire chaque terme avec l’échelle PHIA. Pour un document qui n’a pas d’échelle, noter que la probabilité n’est pas chiffrée.
- Repérer les scénarios. Un scénario pessimiste illustre une conséquence ; il ne se cite pas comme une prévision.
- Vérifier le périmètre. Pays, secteurs, type de cible : un jugement sur les infrastructures critiques britanniques ne vaut pas pour toutes les entreprises.
- Croiser avec l’autorité nationale. Comparer avec la publication de l’ANSSI la plus récente, en gardant à l’esprit que les deux agences ne comptent pas les incidents de la même façon.
- Traduire dans son propre registre des risques. Inscrire l’hypothèse avec sa probabilité, son impact et une date de réexamen, par exemple dans une matrice des risques, puis la revoir à la prochaine publication.
Limites et précautions
- Les citations du NCSC sont traduites par la rédaction ; seule la version anglaise fait foi.
- Les fourchettes de l’échelle PHIA sont approximatives par construction. Remplacer « hautement probable » par un pourcentage unique serait une fausse précision.
- Les chiffres du NCSC et de l’ANSSI ne se comparent pas directement : le NCSC compte les incidents qui ont demandé son soutien, l’ANSSI les compromissions portées à sa connaissance, sur des années différentes.
- La revue annuelle ne détaille pas les sources de ses jugements sur l’IA, ce qui est normal pour une évaluation fondée en partie sur du renseignement classifié, mais empêche de les vérifier.
- L’absence d’attaque IA connue de l’ANSSI en février 2026 ne prouve pas l’absence d’usage : l’agence souligne elle-même qu’il est difficile d’évaluer les progrès des attaquants par la seule observation des attaques.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un rançongiciel IA ?
C’est un logiciel de rançon qui utilise un modèle d’intelligence artificielle pendant l’attaque, par exemple pour générer ou réécrire son code, choisir les fichiers à voler ou rédiger les messages d’hameçonnage. Le prototype PromptLock, cité par l’ANSSI, génère ses scripts de chiffrement et d’exfiltration à l’exécution.
Le NCSC dit-il que les attaques par rançongiciel vont exploser ?
Non. Il juge hautement probable qu’un rançongiciel utilisant l’IA vise au moins une fois une infrastructure critique britannique d’ici 2028, et que l’IA rende les opérations criminelles plus rapides et plus efficaces. Il ne donne aucun chiffre d’attaques futures.
Que veut dire « highly likely » dans un rapport britannique ?
Selon l’échelle de probabilité du renseignement britannique, « highly likely » correspond à environ 80 à 90 %. « Almost certain » correspond à environ 95 % et plus, « realistic possibility » à environ 40 % à moins de 50 %.
L’ANSSI publie-t-elle une évaluation comparable ?
Elle publie un panorama annuel de la cybermenace et des synthèses thématiques, dont une sur l’IA générative en février 2026. Ces documents décrivent l’état observé de la menace et emploient des termes comme « plausible », sans échelle de probabilité chiffrée ni horizon 2028.
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Sources
- NCSC Annual Review 2026, National Cyber Security Centre, ncsc.gov.uk, 03/11/2026
- NCSC Annual Review 2025, National Cyber Security Centre, ncsc.gov.uk, 14/10/2025
- Impact of AI on cyber threat from now to 2027, National Cyber Security Centre, ncsc.gov.uk, 07/05/2025
- Explaining uncertainty in UK intelligence assessment, gouvernement britannique, gov.uk, 24/03/2025
- L’IA générative face aux attaques informatiques, synthèse de la menace en 2025, ANSSI, cert.ssi.gouv.fr, 04/02/2026
- Panorama de la cybermenace 2025, ANSSI, vie-publique.fr, mars 2026
- Britain on notice: AI-powered ransomware attacks to arrive by 2028, The Register, theregister.com, 03/11/2026
À jour au 04/11/2026.
PUBLIÉ LE 04.11.2026 · UNE ERREUR ? SIGNALEZ-LA