Supprimer la dette européenne, réelle possibilité ou fausse bonne idée? (1/2) : un précédent historique, le cas argentin
En pleine crise de la dette européenne, devant les menaces pesant sur l’économie américaine et les difficultés des États-membres de l’Union à proposer des mécanismes efficaces contre la méfiance des marchés envers les économies grecque, irlandaise, portugaise et espagnole, une idée revient assez fréquemment dans la bouche et la plume de certains citoyens : supprimer la dette des pays européens ; pas seulement celle de la Grèce, mais bien celles de tous les États-membres (y compris la France).
La force de cette idée est sa simplicité, pour ne pas dire son simplisme. La dette européenne pose problème? Hop, on l’efface ; plus de dette, plus de problème, plus de crise. CQFD. Mais il s’agit de relativiser ce raisonnement pseudo-économique, et d’étudier ses modalités d’application avant de pouvoir s’exprimer sur sa validité.
Le non-remboursement d’une dette publique, l’histoire économique en témoigne, est non seulement possible, mais relativement fréquent. Il faut cependant faire la distinction entre annulation négociée (exemple : la dette des pays africains) et réduction imposée. C’est le dernier cas qui va nous intéresser ici, à savoir la possibilité pour un État de décider unilatéralement de ne pas rembourser ses dettes.
Le cas argentin est bien souvent évoqué lorsque ce sujet déboule sur la table. En effet, l’Argentine, a connu une grave crise économique et sociale de 1998 à 2001-2002. Sans vouloir revenir sur le détail des évènements, notons que le pays a cru avoir trouvé la solution miracle au problème du développement économique, en appliquant la technique du currency board. Profitant de l’expansion commerciale initiée au début des années 80, l’Argentine, et le monde, étaient persuadés d’avoir trouvé le remède à tous les soucis économiques des pays en développement.
Plus dure sera la chute…
Dans l’histoire économique, il est frappant de voir le nombre de fausses-bonnes idées miracles, et les conséquences souvent catastrophiques qu’elles entraînent pour ceux ayant succombé à la mélodie du joueur de flûte.
Toujours est-il que l’Argentine a du faire face à un problème d’endettement dévastateur. Déjà, il faut savoir que la dette publique peut être libellée en monnaie nationale (en l’occurrence le peso argentin) ou bien en devises (une ou plusieurs monnaies étrangères). Si la monnaie nationale se déprécie fortement (ou est dévaluée), la charge de la partie de la dette publique libellée en peso diminue. En revanche la charge de la dette libellée en devise explose. Pour peu qu’une grande partie de la dette soit libellée en devises, l’endettement devient très vite insoutenable, et le pays peut se retrouver en situation de faillite.
C’est ce qui s’est passé pour l’Argentine, du fait du currency board (la dette d’alors étant libellée en double monnaie dollar-peso). Suite à cette crise, la dette a frôlé les 150 milliards de dollars, et le PIB a reculé de plus de 20% en quelques années ; un cinquième de la richesse nationale a donc disparu suite à l’application d’une mauvaise politique économique.
Ce qui nous intéresse dans le cas argentin, ce sont les négociations que le gouvernement éponyme a mené avec ses créanciers, notamment privés. En effet, l’État argentin a procédé à des réductions de capital, c’est à dire à une annulation pure et simple d’une partie de la dette publique.
Comment les créanciers ont-ils pu accepter de renoncer spontanément à une partie de leur créance? La réponse est simple ; le gouvernement argentin les a mis devant le fait accompli. Un État n’est pas un débiteur ordinaire : s’il ne peut/veut pas vous rembourser, il ne le fait pas ; point. Certes, cela revient, pour cet État, à se couper des marchés monétaires, car personne ne voudra plus lui prêter du fait de son comportement. Mais il est toujours possible d’imaginer une situation (totalement farfelue) où un État refuserait de payer la totalité de sa dette extérieure publique, construirait un budget à l’équilibre, ne dépendrait plus de l’endettement pour financer ses déficits.
Dans les faits, l’Argentine a refusé de payer une partie de ses dettes, et cela s’est conclu par une ostracisation du pays sur la scène financière internationale. Mais cette isolation n’a été que temporaire ; le pays a pu, quelques mois plus tard, faire de nouveau appel aux marchés pour se refinancer.
Il faut donc retenir de cet exemple qu’il est tout à fait possible, pour un État, de se déclarer insolvable, et d’imposer des réduction de capital à ses créanciers. Cela se traduira par une isolation totale de cet État sur les marchés obligataire, et sans doute par des tensions économiques et politiques avec ses partenaires ; mais force est de constater que les conséquences d’une telle décision ne sont pas aussi cataclysmiques que beaucoup de gouvernants et/ou économistes veulent bien le faire croire.
Alors pourquoi ne pas faire la même chose avec la Grèce? Quelle spécificité économique, locale ou européenne, empêche les dirigeants politico-économiques de choisir cette voie? Y en a-t-il seulement?
C’est ce que nous verrons dans la deuxième partie de cet article.
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Comment(s)








Ce site ! Quelle découverte.
Depuis Douala au Cameroun, je viens d’y trouver un éclairage vulgarisateur sur des questions dont nous débattions avec des amis sans pouvoir structurer et étayer notre réflexion.
Merci, merci pour tout votre travail. Une pierre de plus à l’édifice de l’intelligence en construction permanente.
Ping : Europe: Grèce et autres problèmes, solutions? | Pearltrees
Cela fait longtemps que je différais les réponses aux commentaires, mais je ne souhaite pas que l’on dise qu’IntStrat ne tient pas compte de ses lecteurs!
@Arnaud et @bruneel : le second répond au premier. Un défaut unilatéral entrainerait un effet domino, et ruinerait sans aucun doute certains pans de l’économie mondiale. Mais le problème est le même que celui du prêteur en dernier ressort, dont la dernière expression est celle de la crise des subprimes : on sauve un système au nom des conséquences terribles qui pourraientt résulter d’un non-sauvetage… mais n’empêchons en rien ces conséquences d’advenir! Bien évidemment, un défaut serait dramatique, mais ne pas faire d »faut ne le serait-il pas, également? Et, bien souvent, un d »faut consenti vaut mieux qu’un défaut forcé… Enfin, je me fais l’avocat du diable, je ne plaide que pour l’élargissement du débat.
@lila : la majorité de la dette française est libellée en euros.
Si je ne m’abuse…comme vous le dites vous-même si bien…les dettes se font en monnaie du pays ou en DEVISES (monnaie étrangères). Hors il s’agit surtout je crois de la Chine, l’Inde, mais aussi les USA, le Japon…qui ont investi dans notre dette.
Donc supprimer notre dette c’est les mettre en sérieuse difficultés…et peut-être dans une autre possibilité, provoquer un effet domino des suppressioin de dettes…et au final tout le monde serait en difficulté….
si les grandes puissance comme l’europe, les USA ne peuvent s’y résoudre…n’est-ce pas du fait justement que cela entrainerait irrémédiablement quelques guerres mondiales?…
si on supprime la dette des USA, la chine sera ruinée…j’imagine sa réaction…
Bonjour,
Savez vous en quelles devises est libellée la dette française?
Bonjour Monsieur, au risque de passer pour un doux rêveur. Qu’est ce qui empêche aux grands de ce monde de repartir sur des bases saines? d’effacer les dettes des pays et de repartir à zéro avec un nouveau contrôle beaucoup plus efficace sur l’élaboration des budgets des Etats (gouvernance mondiale pour le controle?) (basé sur l’équilibre et non plus comme ce fût le cas sur l’endettement).
Tout le monde sait tres bien que ces dettes ne pourront jamais être remboursé quand on voit l’importance qu’elles ont prises.
A qui doit on cet argent? les pays émergeant du type Chine et Inde sont ils endettés?
De plus on voit l’impact des mesures d’austérité pour tenter de réduire la dette (une goutte d’eau dans un vase..) baisse de la croissance, augmentation du chomage : c’est toute l’activité économique qui en pâtit.C’est en quelque sorte se tirer soit même une balle dans le pied…
Que les grands de ce monde reprennent en main tout les spéculateurs financiers et tout ces marchés… on se crée beaucoup de problème tout seul…
Continuez à lire ce site ; suivez l’actualité économique illustrée par les grands quotidiens, souvent pédagogues ; documentez-vous (Wikipedia, Questions Economiques, etc.) ; et posez des questions.
Bonjour monsieur, l’éditeur comment pourrais-je améliorer mes connaissances économique? Quelques propositions svp. Veuillez m écrire sur mon email ricky_joe27@yahoo.com
Bonjour monsieur, l’éditeur comment pourrais-je améliorer mes connaissances économique? Quelques propositions svp.
Je n’ai fait aucune « proposition »! Je n’évoque qu’une possibilité.
Bonjour, j’apprécie bien votre proposition. Vu que les pays européens sont endettés jusqu’au cou, le montant du remboursement de la dette dépasse celui de l’éducation nationale. Chômage massif et les Français pessimistes. Sans la dette tout sera plus léger…
Ping : Supprimer la dette européenne, réelle possibilité ou fausse bonne idée? (2/2) : la légitimité de l’endettement public en question | IntStrat